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Catégorie : Anecdotes, récits...
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Extrait des Annales de Vassif-effendi adapté par Caussin de Perceval qui signe une intéressante préface. On regrette les belles formules poétiques supprimées par le traducteur, comme celle-ci heureusement préservée : "La faveur [du sultan] [...] rendit les pages de mon ouvrage aussi agréables et aussi suaves que les feuilles de la rose nouvelle."

[Vassif-Effendi], Précis de la guerre des Turcs contre les Russes, depuis l'année 1769 jusqu'à l'année 1774, tiré des Annales de l'historien turc Vassif-Effendi, par P. A. Caussin de Perceval, professeur d'arabe vulgaire à l"Ecole royale et spéciale des langues orientales.
A Paris, Chez Le Normant, imprimeur-libraire, rue de Seine, n° 8, près le pont des Arts, 1822, XVI, 284 pages
Disponibilité : Google books

Préface du traducteur (pages I à XVI)
L'on n'ignore point les résultats et les faits principaux de la guerre que les Turcs ont soutenue contre les Russes depuis l'année 1769 jusqu'à l'année 1774; mais les détails en sont peu connus, surtout en ce qui concerne les dispositions, les mouvemens, l'attaque et la défense des Musulmans, le caractère et les actions de leurs généraux. Le précis que je donne de cette guerre, tiré d'un écrivain turc, offrira peu de ces considérations profondes, de ces grandes vues que l'on trouve dans quelques-uns de nos historiens ; les auteurs musulmans, sobres de réflexions, ayant d'ailleurs peu d'idées des ressorts compliqués de la politique européenne, se bornent ordinairement à exposer avec une scrupuleuse exactitude les événemens qui se sont passés parmi eux, et en cela même leurs annales présentent un intérêt particulier, parce que l'on ne peut puiser dans toute autre source que des notions très-incertaines sur le peuple mahométan, peu communicatif par caractère et par préjugé.
Ces annales, quoiqu'écrites le plus souvent d'un style pompeux et emphatique, n'en portent pas moins l'empreinte de la véracité. Depuis un temps immémorial, les Empereurs ottomans ont entretenu à leur cour des hommes instruits chargés, sous le titre de vèkayê-nuvis (historiographes), de composer des mémoires de leur règne; c'est sur ces Mémoires que des personnages distingués dans l'Etat, tels que des mouftis, des reïs-éfendis, des nichandjis , ont rédigé l'histoire de la monarchie. Leurs ouvrages ont été imprimés à Constantinople par ordre des Sultans.
Vassif-Efendi est le dernier des auteurs qui ont travaillé aux annales de l'Empire. L'on ne connaît de sa vie que les particularités qu'il a rapportées lui-même. Sous Moustafa III, l'estime qu'avait pour lui le grand-visir Mouhsin-Zadé, avait commencé sa fortune; mais il perdit tout avec son protecteur, et pendant le règne d'Abdulhamid il traîna une existence malheureuse. « Les coups de l'envie et de la méchanceté, dit-il, m'avoient précipité dans l'abîme de la misère et de l'opprobre ; les connoissances que je m'étois appliqué à acquérir depuis mon jeune âge, restoient cachées dans la niche de l'oubli. »
Le Sultan Sélim III distingua son mérite, et lui donna la place de nichandji et d'historiographe ; il le charga en outre de continuer les Annales Ottomanes, dont l'historien Izzi avait poussé la rédaction jusqu'aux dernières années du règne du Sultan Mahmoud Ier. « La faveur que Sa Hautesse me fit de porter sur moi ses regards, dit Vassif-Efendi, donna alors à ma plume de la fécondité et de l'éloquence, et rendit les pages de mon ouvrage aussi agréables et aussi suaves que les feuilles de la rose nouvelle. »
Vassif écrivit en effet l'histoire de la fin du règne de Mahmoud, depuis l'année de l'hégire 1166 (de J. C. 1752), le règne d'Osman II, celui de Moustafa III, d'Abdulhamid, et les commencemens du règne de Sélim III, jusqu'à l'an de l'hégire 1217 (de J. C. 1802) ; mais le volume imprimé sous son nom ne contient que jusqu'à la première année du règne d'Abdulhamid. Ce volume est divisé en deux parties, dont il a rédigé la première d'après les Mémoires de divers historiographes ses prédécesseurs, Hakim, Tchechmi-Zadé, Moussa-Zadé, Behdjèti-Hassan-Efendi ; elle finit avec l'année de l'hégire 1182 (de J.C. 1768), au moment où la guerre est près d'éclater entre la Porte et la Russie. La seconde partie est la narration de cette guerre. L'historiographe de l'Empire, pendant les six dernières années du règne de Moustafa III, était Envèri-Efendi : Vassif annonce qu'il a fait peu d'usage de ses Mémoires, parce qu'il les a trouvés remplis de détails inutiles ou peu exacts ; il a composé son récit d'après ses propres observations, et elles doivent inspirer d'autant plus de confiance, qu'il avait été lui-même témoin oculaire des événemens de la guerre et même acteur dans plusieurs circonstances. Voici comment il s'exprime à ce sujet :
« Sa Hautesse en m'ordonnant de refondre les Mémoires d'Envèri-Efendi, comme j'avois refondu ceux des historiographes précédens, m'a recommandé d'en élaguer les erreurs et de rétablir la vérité des faits. J'étois d'autant plus propre à remplir cette intention, que j'avois accompagné l'armée depuis le commencement de 1184 (de J. C. 1770), comme employé dans les bureaux, où je m'étois même acquis une sorte de réputation par un mode de rédaction dans lequel on trouvait de la convenance et de la force. J'ai été initié dans la correspondance, dans tous les actes du gouvernement, dans les entretiens des plénipotentiaires nommés pour traiter de la paix ; j'ai même assisté au second congrès comme secrétaire des conférences. En outre c'est moi-même qui ai écrit presque tous les rapports secrets adressés au Sultan par le grand-visir. Ainsi, j'avois une connoissance plus exacte, plus intime et plus complète qu'Envèri-Efendi, des faits qu'il a consignés dans ses Mémoires.
J'ai donc entrepris la tâche difficile d'écrire cette histoire, de peindre les principaux personnages, de retracer chaque chose comme elle s'est passée, d'indiquer tous les détails et pour ainsi dire toutes les vertèbres de ce grand corps d'événemens. »
Les personnes qui cultivent les langues orientales et qui ont pu lire les auteurs turcs dans le texte original, savent que la manière dont ces auteurs écrivent l'histoire s'oppose à ce que l'on doive entreprendre de traduire leurs ouvrages avec fidélité, sous peine d'offrir au lecteur un livre bizarre et ridicule ; aussi suis-je loin de vouloir donner à mon travail le nom de traduction. Les Annales Ottomanes sont divisées par petits articles, dans lesquels les faits sont racontés sans aucune liaison ; servile observateur de l'ordre chronologique, l'historien interrompt souvent un récit commencé et qui devrait avoir une certaine étendue, pour se transporter dans une autre partie de ce vaste Empire où se passe à cette époque un autre événement ; il entame cette seconde narration, pour revenir ensuite à la première, et errer ainsi, selon les dates, des bords du Danube en Crimée, de Crimée en Egypte, etc., laissant quelquefois plusieurs récits suspendus. Il rapporte, avec une minutie fastidieuse, la plupart des mutations qui ont lieu dans les dignités de la cour, l'administration civile, les gouvernemens des provinces, et l'on peut juger combien ces détails occupent de place dans l'ouvrage, en considérant que tous les emplois des fonctionnaires publics et les commandemens des pachas ne leur sont accordés que pour une année. Enfin le style de ces Annales est surchargé de ce luxe de mots, de ces tropes extraordinaires, de ces métaphores enchaînées les unes aux autres qui forment de courtes allégories, et qui plaisent tant aux Orientaux, mais qui, exactement rendues en français, seroient un perpépétuel amphigouri qui fatiguerait l'attention du lecteur. J'ai donc cru devoir simplifier le style ; je n'ai traduit que les passages qui m'ont paru pouvoir se prêter au génie de notre langue ; j'ai conservé un très-petit nombre d'expressions figurées et emphatiques dans la vue de donner une légère idée de l'élocution de l'écrivain turc ; j'ai retranché les détails que j'ai trouvés superflus, et je nie suis permis toutes les transpositions qui m'ont paru nécessaires pour mettre de la suite et de la clarté dans la narration.
Une grande quantité de dénominations turques des emplois civils et militaires du gouvernement ottoman, devait naturellement se rencontrer dans le précis de cette guerre. Les personnes qui ignorent la véritable signification de ces titres pourroient trouver d'amples renseignemens sur cette matière dans le tableau général de l'Empire ottoman, par M. d'Ohson; j'ai pensé néanmoins qu'elles me sauroient gré de joindre en note quelques éclaircissemens sur les attributions de chaque fonc-tionnaire public, et sur certains usages musulmans, afin de leur éviter la peine de consulter d'autres ouvrages.

De la guerre des Turcs contre les Russes, depuis L'année 1769 jusqu'à l'année 1774.

Depuis environ un siècle, la Russie prenait des accroissemens considérables : elle avait essayé ses forces avec différens peuples, et la possession de plusieurs provinces avait été le fruit de ses victoires. Cette augmentation de puissance commençait à donner des inquiétudes à la Porte ; mais les conquêtes que les Russes avoient faites dans le Nord ne suffisoient pas à leur ambition, parce que ces nouvelles contrées étoient presque stériles. Ils conçurent le dessein d'étendre leur domination sur des pays plus favorisés de la nature , dont les productions pussent leur fournir les moyens d'établir de grandes relations de commerce avec les autres nations ; ils tournèrent leurs vues sur la Pologne, dont le sol fertile, arrosé d'une infinité de rivières, abondant en grains et en pâturages, leur présentait tous les avantages réunis.
Dans ces circonstances, le Roi de Pologne (1) mourut, et la République fut bientôt en proie aux divisions intestines. Les Russes eurent soin de les fomenter : ils séduisirent même une partie des Polonais qui formèrent une confédération en leur faveur ; ils eurent l'art de se faire appeler par eux, et s'insinuèrent ainsi dans la Pologne même. La Porte chercha à prémunir la République contre leurs trompeuses apparences d'amitié : elle l'avertit de leurs projets d'agrandissement , et l'engagea à se défier de ces alliés dangereux. Ces conseils furent méprisés.

(1) Frédéric Auguste III, Roi de Pologne, électeur de Saxs, mourut à Dresde, le 5 octobre 1763.

Le parti qui s'était jeté entre les bras des Russes, appuyé de leur secours et de la présence de leurs troupes, élut un Roi (1) dont le choix avait été concerté avec l'Impératrice (Catherine II).
Le reste de la nation refusait de reconnoître ce nouveau souverain. L'Impératrice, pour soutenir le Roi qu'elle avait créé, et pour s'acquérir en Pologne une prépondérance qui assurât l'exécution de ses desseins ultérieurs, fit entrer sur le territoire polonais une armée nombreuse, abondamment pourvue de munitions de guerre, et commandée par le doyen de ses généraux, le prince Galitzin (2).
Les gouverneurs des villes frontières de l'Empire musulman du côté dela Pologne, ayant donné ces nouvelles à la sublime Porte, on jugea nécessaire de prendre des mesures de précaution, et de renforcer la garnison des places.

(1) Stanislas-Auguste Poniatowski, qui fut couronné à Varsovie, le 4 décembre 1764.
(2) Alexandre Galitzin, fils du feld-maréchal prince Michel, qui s'était acquis beaucoup de gloire sous Pierre-le-Grand, en servant contre les Suédois et les Turcs.


En conséquence on fit passer à Khoutin (1) un corps de six mille hommes, composé d'artilleurs, de janissaires et autres soldats. On envoya un pareil nombre de troupes à Bender et à Ouzi (2).
Il s'établit en outre entre la Porte et la Russie une correspondance officielle au sujet de ces événemens. On présuma que les explications pourroient amener une guerre, et des ordres furent répandus dans toutes les provinces musulmanes pour faire d'avance d'immenses provisions de bouche, construire des ponts, ouvrir des passages.
Cependant les Polonais, qui haïssoient les Russes, et ne vouloient point leur obéir, éprouvoient de leur part des vexations de toute espèce. Ils imploroient en secret l'assistance des Musulmans. Un des principaux seigneurs de la Pologne, Potoski, rassembla quelques troupes pour tenter de secouer le joug des étrangers (3) , et pressa la Porte de joindre ses efforts aux siens pour arrêter les progrès de la Russie, qui ne manqueroit pas de chercher à empiéter sur les possessions ottomanes, lorsqu'elle serait devenue maîtresse de tout le pays limitrophe. Il faisait entendre que, pour prix des secours qui lui seroient accordés, il abandonneront au Grand-Seigneur toute la Podolie (4).

(1) Place forte sur le Dniester, appelée Chotczin sur la carte de d'Anville.
(2) Ou Okzakow, dans la Dziké-Polie , à l'embouchure du Dnieper.
(3) Plusieurs confédérations s'étoient formées contre les Russes ; la plus considérable fut celle de Bar, qui élut pour maréchal le comte Potoski. Elle subsista jusqu'après le démembrement de la Pologne, à l'occasion duquel elle publia un manifeste qui finissait ainsi : « Comme la sérénissime Porte-Ottomane a bien voulu reconnoître en nous ses fidèles alliés, qu'elle continue de soutenir les droits et l'intégrité de la Pologne par ses armes victorieuses, et que c'est de ses efforts généreux que nous attendons le salut de la République, nous déposons l'acte présent de nos protestations entre ses mains, en la priant très-instamment de le recevoir et de le conserver comme une preuve de notre reconnoissance. »
(4) Les Turcs avoient déjà possédé la Podolie. Apre» une guerre dans laquelle ils avoient été victorieux, et qui fut terminée en 1676, ils avoient obligé les Polonais à leur céder cette province ; mais ils furent forcés de la leur restituer en 1699.


 D'un autre côté la France, par des motifs d'intérêt, et pour exclure les Russes du commerce de la Turquie, excitait sous main la Porte à leur faire la guerre. Enfin la réponse aux notes par lesquelles le Divan avait témoigné son mécontentement de voir la Russie s'ingérer dans les affaires de Pologne, loin d'être satisfaisante, n'avait fait que fortifier les alarmes qu'inspirait la présence d'une armée considérable aussi près dela Moldavie. Le Sultan Moustafa III (1) inclinait vers une prompte déclaration de guerre.

(1) II était fils du Sultan Ahmed III, qui fut forcé d'abdiquer l'Empire, l'an de l'hégire 1143 (1730 de J. C.), en faveur de son neveu Mahmoud. Celui-ci régna jusqu'au mois de sèfèr 1168 (novembre 1754). Osman, fils de Moustafa II, lui succéda, et mourut dans le mois de sèfèr 1171 (octobre 1787). Moustafa III monta alors sur le trône. Les premières années de son règne furent heureuses.

Quelques courtisans contribuèrent, par des discours imprudens, à lui suggérer ces sentimens. Ils lui représentèrent combien il serait avantageux pour lui de réunir à son Empire une province aussi riche que la Podolie ; ils lui firent croire qu'il serait facile de contraindre les Russes à évacuer la Pologne : « A peine lestroupes envoyées contre eux, lui dirent-ils, seront-elles parvenues au bord du Danube, ou seulement à Andrinople, qu'ils se retireront sans oser les attendre, et rentreront dans leur pays. »

Mais le grand-visir Mouhsin-Zadé-Mohammed-Pacha envisageait les choses sous un point de vue plus juste. Il hasarda de faire au Sultan quelques remontrances, et l'engagea à ne point se presser de commencer une campagne dont l'issue était très-incertaine. « Nous n'avons pas d'armée sur pied, lui dit-il ; nos frontières ne sont pas en état de défense. Le plus sage est de prolonger nos relations pacifiques avec les Russes jusqu'au moment où nous aurons fait des apprêts formidables, et où nous pourrons les combattre avec succès. Tant que nous n'aurons point des forces imposantes sur le Danube, nous avons tout à craindre pour la Moldavie. Les intentions hostiles de la Russie, et ses projets de conquête sur notre territoire, sont, il est vrai, connus de toute l'Europe ; mais , pour ne point paroître la première à violer les traités, et pour rejeter sur les Musulmans  l'odieux de cette rupture, elle se prêtera elle-même au retard qui nous est nécessaire pour organiser convenablement notre armée. »
Cet avis, loin d'être accueilli, fut cause de la destitution du visir. Il fut exilé et sa place donnée à Hamzé-Pacha.
Aussitôt que ce nouveau visir fut installé dans ses fonctions, on tint un grand conseil en présence même du Sultan, pour prendre une détermination solennelle sur la guerre avec les Russes. Tous les ministres, les principaux des gens de loi, les chefs des janissaires , des spahis et des autres corps militaires, furent appelés à cette assemblée. Le résultat de la délibération fut une décision pour la guerre, donnée à l'unanimité, sanctionnée par les oulémas, et motivée sur les considérations suivantes :
« La sublime Porte a toujours mis un soin scrupuleux à l'observance des traités qui existent entre elle et la Russie. Cependant la Russie, loin de se conformer à ces traités (1) , envoie des troupes nombreuses et une artillerie considérable en Pologne, sous des prétextes spécieux ; elle viole la liberté des élections, et ses soldats massacrent ceux qui ne se soumettent point au gouvernement arbitraire qu'elle veut leur imposer. Cette conduite de la Russie décèle manifestement le dessein d'établir sa domination en Pologne, et de former ensuite des entreprises contre les Musulmans.
Plusieurs fois la sublime Porte l'a engagée à retirer ses troupes de la Pologne ; ces justes réclamations n'ont point été écoutées ; des Polonais, pour mettre en sûreté leur honneur et leur vie, étaient venus chercher un asile sur le territoire musulman ; les troupes russes les ont poursuivis jusque dans l'intérieur des provinces turques : elles ont porté l'alarme dans les places fortes, et répandu le trouble et l'effroi parmi les sujets ottomans. Non contentes de ces excès, elles ont attaqué le village nommé Balta, qui dépend du khan de Crimée ; elles l'ont pillé, brûlé , et ont fait périr une partie des habitans. De semblables contraventions aux traités sont une véritable rupture de la paix ; la guerre contre la Russie est juste et légitime; elle est nécessaire pour protéger les provinces musulmanes contre les ravages exercés par les soldats russes. »

(1) La Porte et la Russie, après plusieurs petites guerres, suivies de trêves souvent rompues, avoient enfin conclu, en 1720, un traité de paix perpétuelle, par lequel il fut convenu qu'il y aurait constamment un ministre russe auprès de la Porte-Ottomane ; que la Russie serait affranchie du don de 40,000 ducats qu'elle faisait annuellement au khan des Tartares ; que les deux cours maintiendroient les constitutions de la République de Pologne, etc.

II fut arrêté de plus que l'on ferait une dernière instance auprès de l'ambassadeur plénipotentiaire de Russie, qui se trouvait alors à Constantinople, et qu'on lui signifierait la résolution où l'on était de faire la guerre, si les Russes ne consentoient à évacuer la Pologne, s'ils ne promettoient de ne plus se mêler des affaires des Polonais, de ne plus influencer leurs élections, et enfin d'observer fidèlement à l'avenir les traités de paix avec la sublime Porte. On devait exiger en outre que le Danemarck, la Prusse, l'Angleterre et la Suède, puissances amies de la Russie, fussent garantes de cette promesse.
Le grand-visir fit donc venir en sa présence (1er octobre 1768) l'ambassadeur russe Obrescofï ; il lui communiqua cette détermination, et lui demanda une explication franche des intentions de sa cour. L'ambassadeur dit que ses pouvoirs ne s'étendoient point jusqu'à donner une réponse positive sur cet objet ; qu'il lui fallait un délai de deux mois pour écrire à son gouvernement et recevoir des instructions ; qu'au reste la Porte pouvait choisir la guerre ou la paix, comme il lui conviendroit...