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Catégorie : Biographies de personnages historiques
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Célébré par certains pour son panturquisme, détesté par d'autres pour son aventurisme qui coûta la vie à des dizaines de milliers de soldats, Ismail Enver, dit Enver Paşa (ou Pacha) marqua l'histoire de la Turquie au début du XXe siècle. Il fit partie du groupe qui poussa à l'alliance de l'empire ottoman avec l'Allemagne durant la Ière Guerre mondiale.

Enver Pacha 

Carte postale allemande envoyée depuis Istanbul vers l'Allemagne en 1917.
Le verso représente une vue d'Edirne d'après un tableau de Willy Moralt.

Il fut élève d'une école militaire à Istanbul. En 1902, il combat en Macédoine et y rencontre les Jeunes-Turcs.
En 1911, il épouse une nièce du sultan. Il participe à la guerre contre l'Italie en Libye.
En janvier 1913, associé à Talat Paşa et Cemal (Djemal) Paşa, il prend le pouvoir et devient ministre de la guerre. Ils forment alors un véritable triumvirat. En juillet, il reprend Edirne aux Bulgares.
Il commande les troupes turques en décembre 1914 lors de la bataille de Sarıkamış et de la guerre contre les russes qui sont catastrophiques : 80 000 soldats turcs meurent de froid dans le Caucase.

Le 2 novembre 1918, après la défaite, jugé responsable de la planification des massacres d'arméniens, il fuit en Allemagne avant de rejoindre l'Asie centrale où il combat avec les bolcheviques avant de se retourner contre eux.

Il semble qu'il fut considéré comme un héros par ses alliés allemands de la Première guerre mondiale. Des cartes postales en couleurs ou en noir et blanc avec son portrait furent très largement diffusées en Allemagne comme celles que nous reproduisons ici.

Enver Paşa représente l'idéalisme et l'aventurisme brouillons avec un projet trop ambitieux et voué à l'échec par opposition au réalisme, à l'obstination et à l'efficacité de Mustafa Kemal.

Hugo Pratt dessina une version supposée de la mort d'Enver Pacha dans La Maison dorée de Samarkande paru en 1986.

Biographie en turc : http://www.biyografya.com/biyografi/5153

Portraits d'Enver Pacha, cartes postales publiées en Allemagne entre 1914 et 1918

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Documents sur Enver Pacha

extraits de Mandelstam, André N. (André Nicolayévitch)(1869-1949), Le sort de l'Empire ottoman, Payot, 1917
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Révolution de 1908

C'est surtout les officiers en garnison dans les vilayets de la Macédoine qui étaient, depuis 1903, dans un état de sourde excitation. Ils voyaient les réformes imposées par les Puissances et appliquées sous un contrôle international, les agents civils étrangers suivis par une commission financière internationale, et même par une gendarmerie étrangère. Pour ces officiers, surtout pour les jeunes, plus aucun doute : le Sultan vendait la patrie
à l'étranger. Ils s'affiliaient donc presque tous aux sections de la société secrète Union et Progrès, laquelle travaillait surtout en Macédoine et dont Talaat Bey était un des chefs les plus zélés et les plus écoutés. Et après la revue de Reval, lorsque des bruits commencèrent à circuler sur la décision qui y aurait été prise de donner à la Macédoine un gouverneur-général chrétien, les officiers macédoniens crurent le moment venu. Prévenant
une arrestation imminente, à la suite d'une dénonciation à l'inspecteur général Hilmi Pacha, le capitaine Enver Bey s'enfuit à la montagne avec sa compagnie. Niazi Bey le suivit. Le signal de la révolte était donné, et toute l'armée macédonienne se leva. Pendant quelques jours seulement, le « vieux de la montagne » de Yildiz [le sultan Abdulhamid II] essaya de lutter. Mais il dut bien vite reconnaître qu'il avait eu tort de juger la province par Constantinople. Ses ordres ne rencontraient que des menaces, ses émissaires étaient tués, et les Albanais eux-mêmes, — ses enfants gâtés, — se joignaient aux révoltés. Devant l'armée prête à marcher sur Constantinople, Abd-ul-Hamid dut donc refouler sa fureur et s'incliner. Il signa l'irade convoquant le Parlement.

[page 45]

Coup d'état du 13 janvier 1913

Simultanément, Enver Bey, accouru de la Tripolitaine, mit à la disposition de son parti le prestige de héros national qu'il avait su se créer pendant la guerre avec l'Italie. Enfin, une occasion se présenta pour donner une signification patriotique au retour des Jeunes-Turcs au pouvoir. Le 4 janvier 1913, les ambassadeurs des six puissances présentèrent à la Sublime Porte une note collective dans laquelle ils pressaient la Turquie de consentir à la cession d'Andrinople à la Bulgarie ; et le 8 janvier, une réunion des hauts dignitaires turcs, convoqués par le Grand Vézir, se déclara pour la paix. Le lendemain de cette réunion (10 janvier 1913) Enver et Talaat Beys, à la tête d'une petite bande de 200 Jeunes-Turcs, firent irruption dans les bâtiments de la Sublime Porte, où siégeait le conseil des Ministres. L'aide de camp de Nazim Pacha, Tevfik Kibrizli, et ensuite le Ministre de la guerre lui-même, qui s'étaient portés à l'encontre des assaillants, tombèrent sous leurs coups. Les meurtriers envahirent ensuite la salle du Conseil et forcèrent le vieux Kiamil Pacha à signer, séance tenante, sa démission. Il n'en fallait pas davantage pour renverser le Ministère libéral. Ses membres s'enfuirent. Le soir, Mahmoud Chefket Pacha était proclamé Grand Vézir. Mehmed V et le bon peuple de Constantinople laissaient faire.

En Asie centrale

extrait de L'Indépendant du Berry : organe socialiste indépendant, 22 janvier 1921
Voici le message qu'écrivait Enver au Congrès de Bakou en septembre 1920:
« Camarades, en mon nom et en celui de mes camarades, j'exprime mes remerciements à la 3e Internationale qui, par sa présence, nous procure, à nous qui combattons contre l'impérialisme (!) l'occasion de nous rencontrer ici à Bakou. En tant qu'adversaires de l'impérialisme et du capitalisme qui, non contents de nous dévaliser, cherchent à sucer notre sang et à nous anéantir, nous nous estimons heureux, en dépit des politiciens européens trop souvent menteurs, de nous trouver aujourd'hui alliés fidèles, aux côtés de la 3e Internationale, comme nous, uniquement soucieuse de vérité ».

extrait du Bulletin périodique de la presse turque, 25 mai 1921
Enver pacha a été en rapports constants avec les unionistes d'Angora.
Action militaire : elle serait encore à l'état de préparation.
D'après le Yéni-Ghun (1-6) de Kastamouni, Enver pacha serait à la tête d'une armée de Tartares et de Caucasiens, Il n'oserait pas encore marcher contre Mustapha Kemal.

extrait de Correspondance d'Orient, 30 décembre 1921
Les menées d'Enver pacha
Constantinople, 11 décembre. - Des renseignements parvenus concernant les menées d'agitateurs unionistes au Caucase, il résulte qu'Enver pacha n'a pas réussi son coup d'État, mais ses partisans déploient toujours une vive activité. Enver serait parti pour Moscou afin d'engager de nouvelles négociations pour obtenir le concours des Tartares.

extrait de La Revue politique et littéraire, 1922
Mais cet Enver Pacha, qui est bien la plus étrange figure d'aventurier de l'histoire contemporaine et qui, par certains côtés, avec beaucoup moins de grâce et de chevalerie, fait penser à Bonneval Pacha – ce grand seigneur français qui ne pouvant souffrir aucune discipline servit successivement dans toutes les armées de l'Europe et finit par mourir à. Constantinople musulman et pacha. Enver Pacha profita de la circonstance pour faire ses propres affaires et non celles de ses employeurs au lieu de réconcilier les bolcheviks et les insurgés Turkomans, il se mit à la tête de ces derniers.

La mort d'Enver Pacha

extrait de Correspondance d'Orient, 15 décembre 1922
La mort d'Enver pacha se confirme.
Londres, 15 octobre. — Le correspondant du Times, à Riga, annonce que la mort d'Enver pacha, mise en doute à plusieurs reprises dans ces derniers temps, et une fois de plus confirmée par le récit d'un témoin oculaire que publie la Pravda, de Moscou. Ce témoin déclare que le 4 août dernier un petit détachement militaire, que commandait Enver pacha, fut cerné à 13 kilomètres environ de Baisun, village situé au sud de Samarkande. Le détachement se défendit avec acharnement, mais fut anéanti. Après le combat, on découvrit, parmi les cadavres, le corps d'Enver pacha transpercé de cinq balles. Non seulement, on trouva dans ses poches des cachets privés et de la correspondance personnelle.