Imprimer
Catégorie : Imprimerie
Affichages : 2924

Cet extrait du Takvîm-i Vakâ'i, journal officiel de la Turquie publié de 1831 à 1922, est un compte-rendu officiel de la réception des ambassadeurs du khanat de Kokhand, en Asie centrale (Kokand, actuellement en Ouzbekistan) traduit en Français.

Extrait du Tekouim Vak'aï [Takvîm-i Vakâ'i], journal officiel imprimé en turc à Constantinople, en date des derniers jours du mois de Cha'ban 1248 (fin de janvier 1833), traduit par M. Amédée Jaubert.

publié dans le Journal asiatique, 1833

Bien que le pays de Khokand, l'un des six dont se compose le Touran, contrée si célèbre en Asie sous les noms de Turkestan, de Tatarestan, d'Uzbekestan et de Mogholistan, soit, à raison de sa situation géographique, à une distance considérable des états de la Sublime Porte, cependant ses habitants se font remarquer par la pureté de leurs mœurs et par l'orthodoxie de leur foi, car ils sont Sunnis (de la secte d'Omar) et Hanéfis (du rite de l'imam de ce nom).
Les gouverneurs de ce pays, d'après les sentiments de piété dont ils étaient animés, s'étant toujours considérés comme dans l'obligation d'offrir le tribut de leur sincère affection et l'hommage de leur soumission au souverain pontife des Musulmans, successeur du Prophète sur la terre, l'empereur des Ottomans (que Dieu le conserve !) ; à l'exemple de ses prédécesseurs, le puissant prince qui gouverne actuellement ce pays, Mohammed khan,fils d'Omar khan, a jugé convenable de faire parvenir à Sa Hautesse une lettre particulière et un présent, témoignage public de ses sentiments, et il a chargé de cette mission deux personnages recommandables, l'un Nazar Kazi Riza, choisi parmi les gens de loi, et l'autre Ahdurrahman beg, choisi parmi ses ministres.
Ces deux envoyés, partis de leur pays dans les premiers jours du mois de Djemad elewel de l'année dernière (fin d'août 1831), sont arrivés à Constantinople par la voie d'Erzeroum, vers les derniers jours du même mois de la présente année (fin de septembre 1832) , et ils sont descendus à l'hôtel de Seïd Ahmed Djemii effendi, l'un des membres du divan, ancien intendant en second des finances, où ils ont reçu l'hospitalité. Le Gouvernement a fait pourvoir à leur entretien et leur a immédiatement assigné les fonds nécessaires pour leurs dépenses.
Le 14 du présent mois de Cha'ban, ces envoyés ont obtenu, avec tous les égards qui leur étaient dus, leur audience officielle à la Porte , et d'après la permission émanée de Sa Hautesse, ils ont été admis, le mercredi 25, à la faveur de lui présenter, avec leurs profondes salutations, les lettres et le présent du prince susdit.
Conformément aux ordres de Sa Hautesse, ils se sont dirigés à 5 heures (midi et demi) vers le salon impérial d'attente (NOTE : Littéralement : L'intervalle entre le harem et les appartements extérieurs), accompagnés d'Ahmed Djemil effendi et du secrétaire interprète du Divan pour la langue persane, Eurfi effendi. Après s'être reposés durant quelque temps avec son excellence Ahmed Fewzi Pacha, conseiller intime de Sa Hautesse, ils ont eu l'honneur d'approcher cet astre resplendissant de lumière, conduits par le conseiller susdit, et en présence d'Ahmed Fetchi Pacha, du premier imam de Sa Hautesse, de Riza effendi et d'Ali beg, ses glorieux serviteurs.
L'un de ces envoyés étant du corps des Ulémas, et l'autre, quoique simple ministre, pouvant être considéré comme appartenant à cette classe si respectable, et leur mission, étrangère à toute affaire politique, ayant pour objet l'accomplissement des devoirs qu'impose l'amitié, les communications verbales qu'ils avaient à faire ne devaient point être assujetties aux formalités officielles de l'étiquette ; mais pour leur donner un témoignage particulier d'égards et d'amitié.
Sa Hautesse a daigné leur adresser, par l'intermédiaire du conseiller susdit, quelques paroles de bonté, et leur prodiguer des marques de sa bienveillance impériale.
Les présents dont ces envoyés étaient porteurs consistaient en un bel exemplaire du noble Coran, en une collection de lettres de l'imam Ahmed Farouki Serhendi et de l'imam Mohammed Ma'assoum de la famille de Nedjeli, l'un et l'autre de l'ordre religieux des derviches dits Nakchbendi, et en divers châles et riches étoffes, productions particulières de leur pays.
Au moment de la présentation de l'exemplaire, du livre saint qui faisait partie de ces objets, Sa Hautesse, conformément au caractère (dont elle est revêtue) de successeur du Prophète, s'est levée, a pris le livre de ses nobles mains, l'a baisé avec respect, et l'a placé, avec l'expression d'une joie parfaite, dans une tablette fixée contre les murs de son appartement.
Pendant le mois de Ramazan, ces envoyés ont été invités à venir rompre le jeûne au sérail impérial et, comblés de marques de bonté, ils ont obtenu la permission de retourner dans leurs foyers. Le lendemain de cette nouvelle audience, ils ont reçu, à l'occasion du Ramazan, par l'intermédiaire du reis effendi, des marques de la munificence de Sa Hautesse.
Suit (dans le même journal) une anecdote très-connue tirée de la vie du Sultan Osman, qui, d'après un témoignage de vénération pour le Coran semblable à celui qui vient d'être mentionné, eut une vision prophétique qui lui prédisait une durée éternelle à l'empire des Ottomans.