Les Echelles du Levant (iskele en Turc) étaient des établissements commerciaux dans les territoires ottomans où les Français bénéficiaient de privilèges, appelés Capitulations, accordés par le sultan ottoman (à l'origine, Soliman le magnifique) pour faciliter le commerce.

Cela équivalait à donner un privilège d'extra-territorialité pour les ressortissants français autorisés à commercer.

Une nouvelle fonction de consul fut créée pour représenter le roi, protéger les religieux, percevoir les taxes, etc et résoudre les problèmes de leurs concitoyens commerçants.
Les consuls étaient souvent eux-mêmes négociants (d'où parfois certains conflits d'intérêt), jusqu'au règne de Louis XIV qui en fit de véritables fonctionnaires.

C'est surtout Marseille qui bénéficia longtemps de ce commerce.

D'abord limités aux Français, ces privilèges furent également concédés aux autres nations européennes, en particulier aux Anglais et aux Hollandais.

Cette situation fut par la suite jugée colonialiste et ces privilèges, devenus humiliants pour les Turcs, furent abolis par un des articles du traité de Lausanne en 1923

Un consul au XVIIIe siècle

"[Au XVIIIe siècle] Dans le Levant, le spectacle n'est plus le même. L'essor du commerce n'est plus menacé par les avanies : l'amitié turque assure le respect des Capitulations, renouvelées heureusement en 1740, partout où l'autorité du sultan est obéie. Mais cet essor est menacé d'un grand danger et même sérieusement entravé par un mal nouveau, l'anarchie turque, qui désole les provinces reculées et surtout les deux foyers séculaires de l'activité française, l'Egypte et la Syrie.
Les Français triomphent complètement de leurs dangereux concurrents du XVIIe siècle, Anglais et Hollandais. L'apparition de nouveaux concurrents, Autrichiens, Russes. Allemands, Suédois, Danois, fait prévoir la complication et l'âpreté des luttes commerciales au XIXe siècle. Mais aucun de ces rivaux ne semble alors bien dangereux pour les Français dont la prépondérance est écrasante dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Malheureusement ils l'emportent au moment où le commerce du Levant a perdu beaucoup de son ancienne
importance mondiale, à cause du développement progressif du commerce océanique aux Indes orientales et occidentales. Cependant il apparaît toujours comme l'un des commerces les plus essentiels et les plus lucratifs pour les puissances maritimes et il n'a rien perdu de son ancien prestige." (Paul Masson, Histoire du commerce français dans le Levant au XVIIIe siècle)

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 Le destinataire du courrier que nous reproduisons est, Monsieur de Gautier, un ancien consul des Echelles qui, au milieu du XVIIIe siècle, réside à Signes (ici orthographiée Signe), une petite ville du Var.

Il s'agit peut-être de Jean-Louis Gautier consul général à Tunis, à Tripoli de Barbarie en 1741, consul général à Seyde [Saïda en Syrie] en 1745, rappelé vers 1751 pour cause de mauvaise gestion et de détournement.

Ou plus probablement de son fils Gérosme (ou Jérôme) Gautier, né en 1715, qui l'avait rejoint à Seyde, qui fut également consul à Tripoli de Syrie en 1751. Il se marie à Signes le 10 septembre 1754 avec Marie Françoise Claire Berge qui est originaire de cette ville. Sa profession de consul de France à Tripoli est mentionnée dans l'acte de mariage [Source : http://aieuxvarois.free.fr/acte_mari.php?xid=455528&xct=5994]. Il prend sa retraite en avril 1762, date à laquelle on le trouve à Marseille. Il est également mentionné dans l'Histoire du commerce français dans le Levant au XVIIIe siècle, de Paul Masson.

Sources

  • Anne Mézin, Les consuls de France au siècle des lumières (1715-1792), Direction des Archives et de la Documentation, Ministère des Affaires étrangères, 1998

  • Paul Masson, Histoire du commerce français dans le Levant au XVIIe siècle, 1896 : https://archive.org/details/histoireducomme00massgoog