Le site d'Alahan, situé à 20 km de Mut au sud de l'Anatolie, permet d'admirer des beaux exemples d'architecture paléochrétienne. Il reste à l'écart des grands circuits touristiques et on y rencontre peu de visiteurs, même en plein mois d'août. Il figure dans la liste indicative du Patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2000.

Construit vers la fin Ve et au début du VIe siècle, Alahan est considéré comme un ensemble monastique ou comme un lieu de pèlerinage. Situé à 22 km de Mut, à plus de 1000 mètres d'altitude, il offre un magnifique panorama sur le Taurus.
Le site se compose, d'ouest en est, d'une basilique, d'un baptistère, d'un portique et d'une grande église, le tout dans un état de conservation exceptionnel, ce qui en fait un témoignage précieux de l'architecture paléochrétienne.

Le site était, avant la construction d'une route, d'accès difficile, en partie invisible et inconnu dans les guides des années cinquante. Il fut visité par le français Laborde en 1826 (sous le nom d'Aladja), par Arthur C. Headlam en 1893 (sous le nom de Koja kalesi). Il n'a été été fouillé, dégagé et longuement étudié que dans les années 1960 par l'historien britannique Michael Richard E. Gough (1916-1973), qui fut directeur du British Institute of Archaeology à Ankara de 1960 à 1968 et qui publia des articles sur ses travaux.

Le site est en cours d'aménagement et de restauration.

Plan du site d'Alahan

Extrait de Arthur C. Headlam, Ecclesiastical Sites in Isauria (Cilicia Trachea) (The Society for the Promotion of Hellenic Studies. Supplementary Papers, 2 [London: Macmillan & Co., 1893]1). On distingue bien les 3 principaux bâtiments.

Vues depuis la plaine

Depuis la vallée, on aperçoit le site malgré la brume de chaleur.

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Il semble que l'origine du site soit une église creusée dans la roche au IVe siècle, située près de la basilique. On a retrouvé deux inscriptions mentionnant le nom des moines Tarasis l'Ancien, mort en 462, et Tarasis le Jeune.

Eglise des évangélistes

La basilique, en assez mauvais état, possède un portail qui mêle de manière originale éléments chrétiens et païens. Il reste quelques colonnes, des pans de mur et des éléments de décor sculptés.

Eglise des Evangélistes

Photographies prises en 2009

Portail, 2009

Vue depuis la falaise qui surplombe le site en 2009

La restauration a permis de relever quelques colonnes et de reconstruire certaines arches.

Ci-dessous, photographies de 2017.

Le portail en 2017

Détails des bas-reliefs du portail : au centre du linteau, visage du Christ dans un médaillon, entouré de deux anges, sur les montants, les archanges Michel et Gabriel, des aigles, un taureau, des poissons, des hommes...

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La basilique en 2017

Vues d'ensemble, colonnes relevées et renforcées, murs reconstruits...

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Le site

Etat du site en 2017 : éléments de construction, sarcophages, chapiteaux etc. Des murs ont été reconstruits, des passages aménagés et des passerelles installées pour faciliter la visite.

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Le baptistère

Le baptistère est un bâtiment petit, mais exceptionnel parce qu'il est composé de deux chapelles à nef unique.

Le baptistère en 2009, vue depuis la falaise qui surplombe le site.

Baptistère

Intérieur du baptistère, 2009

Le baptistère en 2017

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La grande église

La grande église qu'avait remarquée Evliya Celebi en 1671, est bien conservée pour un monument aussi ancien. C'est, selon les historiens, un bel exemple de basilique à coupole, bien qu'il ne subsiste pas de trace de celle-ci.

Grande église
L'église en 2009
 


Plan et façade par Headlam, 1893

La grande église en 2009

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La grande église en 2017

Des travaux de consolidation et de restauration sont en cours et l'accès en est actuellement (2017) interdit. Un échafaudage permet aux restaurateurs d'accéder aux parties les plus hautes. Des colonnes sont renforcées. Il faut stabiliser le bâtiment pour éviter les chutes de pierre et les risques d'effondrement de certaines structures fragilisées.

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Diaporama sur Alahan : photographies de 2009

Vous pourrez voir plus de photographies du site avant les travaux de restauration ci-dessous. Cliquez pour lancer le diaporama (plus de 250 photographies).

Alahan

Le monastère d'Alahan vu par Léon de Laborde, 1838

Léon de Laborde (1807-1869), historien et diplomate, fit plusieurs voyages dans l'empire ottoman dans les années 1820-1830 et publia son Voyage en Asie mineure en 1838, le récit de ses voyages accompagné de planches gravés de bonne qualité. Nous reproduisons ci-dessus les pages consacrées au site d'Alahan qu'il appelle Aladja.

Texte
En approchant de l'édifice qui va devenir l'auberge du voyageur, la halte du cavalier harassé, nous trouvons des tombeaux creusés dans le roc; tantôt la place du cercueil est évidée en profondeur, tantôt ce cercueil est taillé et presque détaché de la masse du roc. Tous ces sarcophages sont ouverts et le couvercle est à côté. Je dis sarcophages, me réservant de remarquer que l'imitation ou l'habitude de conserver les usages anciens semble avoir eu part à ce travail, mais que la destination de ces tombes était chrétienne. En effet, non loin de là nous trouvons un monument qui doit avoir été une chapelle et un vaste édifice, qui sera notre khan, et qui était une église. A quelle époque attribuer ces constructions solides, imposantes par leur ensemble ? Quelle raison donner de cette destination? Ne sommes-nous pas ici sur la grande route de la terre sainte, sur ce chemin baigné par les pleurs et le sang de vingt générations de pèlerins et de croisés? Pour ces voyageurs, la prière était un réconfort, l'autel du Seigneur le vrai lieu du repos; et quand le courage avait surpassé la force, quand à l'aller ou au retour la vie s'échappait de cette enveloppe, usée au service de la foi, un dernier désir s'accomplissait religieusement : on creusait votre dernière demeure sur la route du saint sépulcre, soit qu'on mourût en remerciant Dieu d'avoir pu accomplir le pieux voyage, soit qu'arrêté par la mort, on voulût du moins reposer sur la route même, en constatant sa pieuse intention. Mais à quel siècle, dans cette longue série d'années, depuis le quatrième jusqu'au treizième, devons-nous reporter ces pieux établissements ? La parcimonie de l'ornementation, l'absence complète d'inscriptions augmente l'incertitude. Nous en étions là, devisant en allumant le feu, lorsque le Tartare, un archéologue formé à notre école, vint annoncer qu'on voyait dans la montagne une grande église. Ne vous semble-t-il pas entendre le récit d'un voyage sur mer ? Le pilote est sur le pont; il signale une côte inconnue, et, au cri de : Terre ! tout le monde est debout.


Le mot de kilisseh [kilise] équivalait au cri de Terre du marin ; il produisait sur nous des commotions magnétiques semblables; il est de ceux qui réveillent l'attention du voyageur, qui l'occupent le jour, qui l'importunent la nuit. Il cache en effet dans ses trois syllabes, prononcées par une bouche turque, les précieuses découvertes archéologiques, les déceptions aussi. Nous sortons précipitamment de notre demeure, et nous voyons, à une lieue au loin, au nord-est, dans le haut d'une gorge profonde et au milieu d'une végétation touffue, un vaste ensemble de bâtiments percés de fenêtres, construits en pierres blanches, portant tous les caractères d'un établissement monastique. On distingue de la place où nous sommes leur disposition sur une ligne qui va de l'est à l'ouest, et leur division en trois corps distincts.
Nous suivons un petit sentier de chevrier qui se bifurque et se perd sous la végétation envahissante ; il s'agit dès lors de se percer une voie au milieu des épines et des broussailles, au milieu des rochers et sur une pente rapide, à travers les éboulements que provoque chaque pas fait en avant.

[L'ascension]

Ajoutez la difficulté de suivre la vraie direction, l'impossibilité de voir au delà des espaces de trois pieds carrés que laissent entre elles ces vigoureuses broussailles. Cette pénible ascension est longue, elle semble interminable. On arrive enfin devant une grande caverne creusée dans le roc, et qui sert aujourd'hui d'habitation à des bergers yurouks ; à côté est une porte de six pieds de haut sur quatre de large, dont les montants et le linteau sont ornés avec une richesse de conception, une abondance de détail et une délicatesse d'exécution vraiment surprenantes. Sur les montants se dressent deux anges; ils reposent leurs pieds sur les têtes de deux vieillards figurés en buste. Le linteau est orné d'un bas-relief qui représente un ange aux ailes étendues, ayant à ses côtés des aigles qui combattent, ici un lion, là un taureau ; aux deux extrémités deux figures vénérables d'hommes âgés sont séparées du reste de la composition par un arbre. Les ornements qui accompagnent ces bas-reliefs sont empreints des souvenirs encore assez purs de l'antiquité, et on les a répandus avec une profusion qui n'est égalée que par leur bonne exécution.

[L'église des évangélistes]

On entre par cette Porte dans une église tout à fait ruinée, appuyée d'un côté au rocher même. De l'autre côté, la muraille est percée de plusieurs fenêtres ornées de sculptures du meilleur goût. En traversant dans sa longueur ce bâtiment ruiné, on sort par le rond-point de l'église, et on se trouve dans un petit édifice qui se termine par deux ronds-points séparés et formant chacun le fond d'une salle à part. A gauche, dans le rocher même, on a pratiqué des chambres, taillé des escaliers, de manière à composer un établissement complet à deux étages.


En appuyant à droite, on sort de ce bâtiment et on débouche sur une galerie qui s'étend de la petite église, celle que nous quittons, à une plus grande dont je parlerai. Cette galerie en plein air a été gagnée sur la pente abrupte du roc, et les blocs qu'on a détachés pour l'évider servent comme mur de soutènement au-dessus du précipice. Elle s'offre à toute la contrée, au milieu de la sombre verdure, comme un joyau placé au front de la montagne, en même temps qu'elle donnait aux solitaires du couvent une vue admirable enveloppant toute la contrée, plongeant jusqu'au fond de ces pittoresques ravins, dominant la plus belle nature, avec un ciel d'Orient pour fond et la mer pour horizon. Dix-huit colonnes élevées sur le parapet formaient une belle décoration, interrompues dans leur suite par un édicule construit en forme de niche et couvert d'ornements sculptés.

[Tombeaux]

Nous suivions, surpris de notre isolement, la solitaire exploration de chaque bâtiment, sans rencontrer âme vivante capable de nous donner une information et de nous aider à rattacher cette magnifique ruine à quelque tradition et légende locale; des oiseaux, étonnés de cette visite insolite, s'échappent du feuillage, font entendre un cri, puis le silence renaît : le silence des tombeaux; car cette galerie, la promenade du couvent, était devenue, par une réminiscence antique, la voie des tombeaux. Les sépulcres, sans doute ceux des dignitaires de l'endroit, étaient creusés dans le roc ou évidés en sarcophages, ornés simplement de croix et de rinceaux. Je copiai dans l'un d'eux une inscription grecque, dont je donnerai ici la traduction :
Ici repose Tarasius, deux fois prêtre (de cette église) et desservant (sacristain), ayant exercé les fonctions sacerdotales en ce lieu depuis le consulat de Gadalaïfus, la XIVe indiction, jusqu'à la … indiction, sous le consulat de … Il vécut en tout .... ans.


Sauf les lacunes offertes par le texte, la traduction littérale est facile. Le mot Tarasios se rencontre fréquemment dans l'épigraphie byzantine; le patriarche de Constantinople de 784 à 806, grand-oncle de Photius, portait ce nom. Paramonarios est le titre officiel de l'ecclésiastique chargé de la garde d'un édifice religieux , emploi qui répond au mansionarius ou custos ecclesise des anciennes chartes latines. La quatorzième indiction correspond à l'année 461, qui eut pour consuls Dagalaïphus et Severinus; seulement, et ce point est digne d'attention, le nom de ce consul, écrit ici par un contemporain, est Tadalaippos, leçon qui autorise la supposition que ce personnage, Franc ou Goth d'origine, se serait appelé Gadalaïsus, d'où le mot teuton Adel, signe de noblesse, se dégage facilement. M. Hase me fait remarquer que cette manière d'écrire le nom du consul coïncide avec la leçon conservée par Victorius d'Aquitaine, et dans la liste des consuls, connue sous le nom de Laterculus Colbertinus, on lit également : Severino et Gadelaïfo. Que ce fait serve d'enseignement aux voyageurs et leur apprenne à ne dédaigner aucun monument.
Qui se serait attendu à trouver dans la modeste épitaphe d'un pauvre prêtre grec, au milieu des ruines d'un couvent du Taurus, une rectification aux fastes consulaires de l'empire romain ?

[La grande église]

La galerie qui conduit de la petite à la grande église est longue de deux cents pas, elle en a cinquante de largeur; aujourd'hui les broussailles et les ronces ont remplacé les habitants et peuplent cette solitude. On se fraye un passage au milieu des obstacles, on arrive en face de la grande église. Trois portes y donnent entrée; elles sont richement sculptées en rinceaux de fleurs, mêlés à des groupes de fruits, d'oiseaux, de poissons, et autres attributs qui semblent appartenir à la fois à l'antiquité et au symbolisme chrétien. Entre la grande porte centrale et les deux portes latérales sont de petites niches, aujourd'hui à moitié enterrées. On a encastré dans la muraille, au-dessus des portes, cinq petites consoles dont la destination n'est pas facile à déterminer. Elles sont surmontées par une grande fenêtre centrale, divisée en trois arcades, supportées par deux colonnes et flanquées de deux autres fenêtres.
L'intérieur de l'église est formé d'une grande nef, avec deux galeries latérales, ayant chacune leurs absides, ou rond-point, qui s'ouvrent dans de petites chambres ou espaces carrés, d'où on pénètre dans le chœur. A gauche ou au nord, le rocher lui-même, taillé régulièrement, forme la muraille de l'église.

Au sud le mur est percé en bas de deux fenêtres en arcades soutenues par une colonne, et au-dessus par trois autres fenêtres ornées de colonnes accouplées. L'église a trente pas de long et dix-sept et demi de large; elle est terminée par un rond-point de neuf pas de diamètre. Deux grandes colonnes monolithes de deux pieds de diamètre et de près de vingt-cinq pieds de hauteur s'élèvent jusqu'à la corniche qui sépare les deux ordres de l'église; elles soutiennent la voûte dont la courbe dépasse le demi-cercle et prend sensiblement la forme du fer à cheval. Cette même remarque s'applique aux autres arcs de la voûte, qui reposent sur des pilastres ornés de chapiteaux d'un grand caractère et dont le dessin marque une fusion de réminiscences antiques et de style byzantin. La galerie supérieure, ornée de colonnes et percée de fenêtres, donne à cet intérieur un air grandiose et aérien qui présente à l'archéologue, avec l'élégance de l'ornementation et la grandeur vraiment antique de l'appareil, un spectacle nouveau et séduisant.


On trouve sur le sol de l'église des blocs carrés ayant de petites niches sur trois faces, avec des croix latines au milieu de leurs riches ornements. Ce sont, ou des consoles, ou des supports de bénitiers. Le toit de tout l'édifice était en charpente; il n'existe plus; les absides étaient voûtées en pierres, elles se sont conservées à la faveur d'un appareil aussi fort qu'habilement disposé. Toutes les colonnes sont taillées d'un seul morceau. La pierre est prise sur les lieux, c'est un calcaire magnifique qui prend et conserve le poli du marbre.
Il faudrait avoir le temps de mesurer en détail et de dessiner avec soin un monument aussi intéressant pour l'histoire de notre architecture en Occident. Nous avons dans ces montagnes l'exemple le plus frappant d'une fusion secrète de l'architecture antique avec l'architecture orientale ou byzantine, et le lien, caché aussi, de celle-ci avec l'architecture arabe. Nous avons plus encore : car ces grands monuments religieux, asiles hospitaliers de nos pèlerins et de nos croisés sur la route du tombeau de Notre-Seigneur, ont été pendant six siècles les modèles de leurs artistes, modèles d'autant plus séduisants, qu'à la beauté de leur exécution ils ajoutaient et laissaient dans les souvenirs la sainteté de leur origine.
La nuit s'est embellie du souvenir de ces belles ruines; elle a été bonne, quoique notre gîte fût ouvert à tous les vents. La route qui conduit, ou plutôt qui descend à Mout [Mut], est semblable à toutes les routes des Alpes et des Pyrénées, avec une végétation plus variée et des eaux plus abondantes. Comme dans toutes ces montagnes, la nature semble s'être plu à imiter les tours crénelées de nos châteaux et leurs bastions avancés, afin d'humilier les prétentions de l'homme en lui présentant la contrefaçon gigantesque de ses imperceptibles créations. Je place sur ma carte, à notre droite, dans une petite plaine, le village de Japendè et un affluent du Goeksou [Göksu] que nous traversons sur un pont. Un peu plus loin de nombreuses cavernes s'ouvrent dans les rochers. Formées par la nature, elles ont été agrandies et aménagées dans le but de servir de demeures à une petite population misérable.

Pour compléter

  • Arthur C. Headlam, Ecclesiastical Sites in Isauria (Cilicia Trachea) (The Society for the Promotion of Hellenic Studies. Supplementary Papers, 2 [London: Macmillan & Co., 1893]1) : avec un plan et des photographies
  • Gough, Michael. “Some Recent Finds at Alahan (Koja Kalessi).” Anatolian Studies, vol. 5, 1955, pp. 115–123. JSTOR, JSTOR, www.jstor.org/stable/3642326

  • Forsyth, George H. “Architectural Notes on a Trip Through Cilicia.” Dumbarton Oaks Papers, vol. 11, 1957, pp. 223–236. JSTOR, JSTOR, www.jstor.org/stable/1291108

  • Gough, Michael. “The Church of the Evangelists at Alahan: A Preliminary Report.” Anatolian Studies, vol. 12, 1962, pp. 173–184. JSTOR, JSTOR, www.jstor.org/stable/3642523.

  • Gough, Michael. “Excavations at Alahan Monastery: Second Preliminary Report.” Anatolian Studies, vol. 13, 1963, pp. 105–115. JSTOR, JSTOR, www.jstor.org/stable/3642491

  • Gough, M., Alahan: an early Christian monastery in southern Turkey : based on the work of Michael Gough, PIMS. 1985, ISBN 0-88844-073-1

  • Gough, Mary, and Michael Gough. Alahan: An Early Christian Monastery in Southern Turkey. Toronto: Pontifical Institute of Mediaeval Studies, 1985, 253 pages

  •  Elton, Hugh. “Alahan and Zeno.” Anatolian Studies, vol. 52, 2002, pp. 153–157. JSTOR, JSTOR, www.jstor.org/stable/3643081

  • http://biaa.ac.uk/research/item/name/alahan-monastery-excavations