Dans la petite bourgade côtière de Kaş [l'antique port d'Antiphellos], entre Fethiye et Antalya, dans la région de l'ancienne Lycie, ce tombeau, de près de quatre mètres cinquante de haut, est situé, parmi les habitations, au sommet d'une petite rue, l'Uzun çarsı, descendant lentement vers la mer.

Sans se soucier particulièrement de ce vestige antique, les touristes font leurs achats, les enfants s'assoient sans façon sur son soubassement, et un vieil arbre gigantesque, un érable, exhibe un énorme tronc tout en étendant son ombre sur le monument délaissé.

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Daté, selon toute vraisemblance, du quatrième siècle avant J.-C., à une époque de forte hellénisation de la région, la taille de cette sépulture l'a fait surnommer, par prédilection pour l'emphase, tombe royale. Ce tombeau, préparé par avance et payé fort cher, sans parler des frais d'entretien et de surveillance, était destiné à un important personnage local, civil ou militaire, proche du pouvoir, pouvant aussi accueillir des membres de sa famille, épouse et enfants.

La structure de ce monument architectural est conforme à la tradition des sarcophages  lyciens en pierre – à distinguer à la même époque des sépultures rupestres creusées au flanc d'une falaise, des piliers funéraires, des tertres, et des simples enfouissements en terre.

Comme il apparaît clairement, la tombe se subdivise en trois éléments. 

D'abord, en partant de son sommet, le couvercle servant de toit prend la forme ogivale d'une barque renversée, avec la représentation en pierre, d'une forte poutre faîtière telle qu'elle apparaît traditionnellement dans les charpentes en bois des habitations de la région. 

De chaque côté des faces latérales du toit en ogive sont sculptées deux têtes de lion aux mufles proéminents, servant, outre leurs fonctions décoratives et symboliques de gardiens, de tenons permettant de soulever le bloc.

Au dessous de ce toit se trouve la sépulture principale. Le travail de la pierre imite également les constructions en bois, avec, le dépassement apparent des poutres maîtresses. C'est la partie destinée à recevoir le propriétaire du tombeau.

Ensuite, au dessous de cette cuve funéraire se trouve un « podium » d'un seul bloc de pierre, bloc qui lui aussi imite les constructions en bois, avec, aujourd'hui à peine visible, la figuration de poutres dépassant de la surface lisse, et servant également de tenons de bardage.

Enfin, placé sous le podium, un vaste soubassement creux, appelé par les spécialistes « l'hyposorion », constitue une chambre funéraire supplémentaire, dans lequel sont autorisés à trouver place les défunts relativement proches de l'occupant principal, peut-être même des personnes de sa domesticité.

En s'approchant on voit, gravée dans la pierre, une inscription, en lettres capitales, utilisant à la fois des lettres grecques et des signes de l'alphabet lycien. Le texte fournit des indications sur les conditions d'occupation du tombeau.

Photos JJB, 2015