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Catégorie : Géographie
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Les botanistes européens s'intéressent dès le XVIe siècle à la Turquie et l'introduction de la tulipe n'est pas la seule conséquence de cette curiosité. Le botaniste Antoine Lasègue (1793-1873) répertoria, dans son Musée botanique de Benjamin Delessert, les voyages de botanistes connus à son époque. Nous avons sélectionné ceux qui concernent la Turquie.

Lasègue A., Musée botanique de Benjamin Delessert. Notices sur les collections de plantes et la bibliothèques qui le composent, contenant en outre des documents sur les principaux herbiers d'Europe et l'exposé des voyages entrepris dans l'intérêt de la botanique 
Paris, Librairie de Fortin, Masson et cie, 1845In-8, 588 pages

Benjamin Delessert (1773-1847) fut  banquier, député, philanthrope, industriel… Il fut membre libre de l’Académie des Sciences et constitua une riche collection botanique, constituée en 1773 à partir d’un herbier de Jean-Jacques Rousseau, qui s'agrandit pendant la première moitié du XIXe siècle. "En 1841, la bibliothèque compte environ 8 500 ouvrages et les herbiers rassemblent 250 000 échantillons appartenant à 80 000 espèces." Elle fut léguée à l’Académie des Sciences en 1869 pour la Bibliothèque de l’Institut.

Le botaniste Antoine Lasègue (1793-1873) travaille à partir de 1842, au Musée botanique de Benjamin Delessert qui constitue aujourd’hui encore la référence principale sur le Musée éponyme. Il ne se contente pas de décrire les collections, il replace les herbiers dans le contexte des voyages d’exploration et contribue ainsi au développement de la géographie botanique.

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Extraits du Musée botanique de Benjamin Delessert concernant la Turquie

[page 122]

Aucher-Éloy . 

Les collections de ce voyageur-botaniste, enlevé trop tôt à la science, méritent une mention particulière. II a rapporté une grande quantité de plantes de diverses localités de l’Orient, et ces plantes il les a recueillies au milieu des privations, des périls de toute nature, accablé par les souffrances et les maladies les plus graves. Établi avec sa famille à Constantinople dès 1850, c'est de ce point central qu’il entreprit plusieurs voyages, résolu qu’il était à recueillir les matériaux nécessaires pour une flore de l’Orient. 

En novembre 1850 il part pour l’Égypte. A Alexandrie il fait la connaissance de M. Gustave Coquebert de Montbret, que son goût pour l’histoire naturelle avait aussi attiré dans ce pays. Tous deux allèrent jusqu’aux ruines de Thèbes et revinrent ensemble au Caire. M. de Montbret retourna en Europe par l’Italie, et Aucher-Éloy se dirigea par Suez - sur le mont Sinaï, et de là à Jérusalem par Gaza, en Syrie, en Chypre et à Stancho, et ne revint à Constantinople qu’au mois d’octobre 1851 . 

En 1852 il se rend à Smyrne, à Rhodes et au delà sur les côtes voisines de l’Asie- Mineure. L’année suivante il parcourt les environs de Constantinople et de Brousse, et en particulier le mont Olympe, accompagné, cette fois encore, de M. Coquebert de Montbret qui était revenu en Orient. 

De deux voyages que fît M. Aucher-Éloy en 1854 et 1855, l’un l’amena à visiter, avec M. de Montbret, Nicomédie, Césarée, Antioche, Alep, et à se rendre en Arménie et à Erzeroum, par Malatia et le Haut-Euphrate Dans l’autre, Aucher-Eloy retourna, seul, par Brousse, Koutaïeh, la chaîne du Taurus et Adana à Alep. Il termina par Bagdad, Ispahan, Téhéran, Tabriz et Trébisonde, d’où il s’embarqua, en novembre 1855, pour Constantinople. 

Ces voyages réitérés n’avaient point abattu l’ardeur d’Aucher-Éloy. Son zèle infatigable ne reculait devant aucune difficulté. 11 voulait visiter la Grèce et les côtes de la Turquie d’Europe et retourner en Perse. Rien ne put le dissuader d’entreprendre ces nouvelles excursions. A peine de retour de Syra, d'Athènes, de l’île d’Eubée, de la Thessalie, du mont Athos, il se remet en route, visite le nord de l’Anatolie et l’Arménie, Tabriz, le Ghilan et ses côtes sur la mer Caspienne. Il retourne à Ispahan, se dirige sur Schiraz et Aboucher, traverse la province du Laristan pour s’embarquer à Bender-Abbassy. Arrivé à Mascate et quoique accablé par les fièvres, il pénétra jusqu’à la contrée des Wahabites. Il voulait pousser plus loin ses explorations, mais il en fut empêché par la maladie. De retour à Ispahan, il y mourait le 6 octobre 1858 et terminait, loin de sa famille, une existence dont les dernières années avaient été tout entières consacrées à l’étude de la botanique et à la recherche des plantes. 

M. le comte Jaubert a publié, en 1845, les Relations de voyages en Orient d'Aucher-Èloy . C’est d’après cet ouvrage intéressant que nous avons tracé la marche de ce naturaliste dans les divers pays où il a été herboriser. Les plantes provenant de ces voyages font partie des collections de M. Delessert. 

M. le comte Jaubert. 

Au printemps de 1859, M- le comte Jaubert mit a exécution le projet qu’il avait formé d’un voyage en Asie-Mineure. Occupé jusqu’alors, et en particulier, de la flore méditerranéenne, il voulait poursuivre ses recherches vers l’Orient. A une époque antérieure, il avait parcouru successivement et à plusieurs reprises, d’abord avec Jacquemont, et puis seul, le midi de la France, les Alpes, les Pyrénées, l’Autriche et l’Italie. 

Accompagné de M. Saul qui devait le seconder dans ses courses botaniques et réuni à M. Charles Texier, si connu par ses travaux archéologiques en Asie-Mineure et qui partait alors pour sa quatrième tournée, M. le comte Jaubert explore la portion de l’Asie-Mineure qui comprend Smyrne et Ephèse, la vallée du Méandre, Geyra et le mont Cadmus, dans l’ancienne Carie, l’ancienne Phrygie, la chaîne de l’Olympe de Bithynie, Brousse, Nicée, Nicomédie et Constantinople. 

M. Edmond Boissier. 

Les plantes recueillies par M. Edmond Boissier, dans son voyage en Orient, sont en ce moment l’objet d’une publication particulière. C’est le I6 mars 1842 que M. Boissier part de Trieste, et après six jours de navigation il arrive à Athènes ayant relâché à Corfou où il trouve plusieurs espèces intéressantes. Il fait à Athènes des herborisations au milieu des localités les plus riches, à la baie de Phalère et dans plusieurs des gorges de l’Hymète et dans le mois d’avril uns excursion en Morée, visitant Corinthe, Argos, le plateau de l’Arcadie et Tripolitza, d’où il se rend à Sparte. De retour à Athènes, et pendant les premiers jours de mai, M. Boissier fait une nouvelle excursion à travers le mont Cithéron, à Thèbes, puis à Chalcis dans l’Eubée. D’Athènes il se rend par Pile de Syra à Smyrne où il emploie toute la fin de mai à herboriser dans les environs dont les montagnes surtout lui offrirent une grande quantité d’espèces nouvelles. Dans les premiers jours de juin, faisant partie d’une caravane assez nombreuse munie de tentes et de provis. ons de bouche, il se met en route pour visiter l’intérieur du pays. Il se rend à l’ancienne Ephèse (Aia-Salouk) et débouche dans la vallée du Méandre. Il remonte ce fleuve et s'arrête huit jours à Aïdin ou Guzel-Hissar situé près de l’ancienne Tralles. Quittant le fleuve pour suivre un de ses affluents, il s’élève dans les plateaux qui appartiennent à la Carie et où est située Geyra, l’ancienne Aphrodisias. Son séjour dans ce village lui permet de faire l’ascension du pic le plus occidental de Cadmus, couvert de neige encore à cette époque ; il arrive ensuite dans le vaste plateau de la Carie septentrionale. De Degnizli, où il s’était établi quelques jours, M. Boissier se rend à Hierapolis, célèbre par ses sources chaudes ; il va camper deux ou trois jours sur les hauteurs du Tmolus, et poursuit ses recherches botaniques sur les sommités les plus occidentales et les plus hautes de cette montagne, se dirige vers Sart, l’antique Sardes, qui n’est plus qu’un moulin ; arrive à Magnésie, et était de retour le 10 juillet à Smyrne. 

Peu de jours après cette exploration, le bateau à vapeur transporte M. Boissier à Constantinople ; il herborise à Brousse [126] et sur le mont Olympe, dans la région supérieure duquel il s’arrête pendant huit jours. Il examine avec soin la végétation de cette montagne et trouve plusieurs espèces qui avaient échappé aux botanistes déjà assez nombreux qui l’ont parcourue avant lui. Le 29 août il quitte Constantinople, aborde après vingt-quatre heures de navigation à Kustendjé sur les bords de la mer Noire, et revient par la Hongrie, Vienne et Munich, faisant en route une excursion de quelques jours dans les montagnes du Banat autour des bains si pittoresques de Mehadia. 

M. C. Pinard 

Plantes de la Carie. 

Collection de 250 espèces recueillies, en 1845, par M. Pinard, dans la partie de l’Anatolie connue autrefois sous le nom de Carie. 

Toutes les plantes ont été déterminées avec soin par M. Edmond Boissier.

TURQUIE D’ASIE. 

Rauwolf . — Léonard Rauwolf, entraîné par son goût pour la botanique et pour les voyages, parcourt successivement, en 1573-1575, une partie de la Syrie, de la Palestine, de la Mésopotamie, et recueille d’importantes observations sur ces contrées. Il se met en route le 18 mai 1573 d’Augsbourg pour Marseille, s’embarque, et arrive à Tripoli, en Syrie, à la fin de septembre ; il reste dans cette ville pendant plusieurs semaines, et s’occupe de la recherche des plantes. Il se rend ensuite à Alep, et de là à Bir ; s’embarque sur l’Euphrate le 30 août 1574 , s’arrête à Rakka et à Anna, sur l’Euphrate, et [424] retourne à Alep et à Tripoli. Il fait ensuite un voyage au mont Liban, en observe la végétation et se rend à Joppé (aujourd’hui Jaffa) et à Jérusalem. Revenu à Tripoli, il s’y embarque le 6 novembre 1575, et arrive le 12 février suivant à Augsbourg. 

Sherard . — William Sherard, consul d’Angleterre à Smyrne, vers 1702, y séjourne longtemps, rassemble des échantillons des plantes de l’Anatolie et de la Grèce, et commence ainsi son grand herbier. 

Buxbaum . — Ce botaniste saxon accompagne le comte Alexandre Romanzotï à Constantinople, où il était envoyé comme ambassadeur de Russie auprès de la Porte-Ottomane. 
Buxbaum étudie avec soin la flore des environs de Constantinople, et visite ensuite les rives de la mer Noire, l’Asie-Mineure et l’Arménie, revenant en Russie par Derbent et Astrakhan. 

Hasselquist .— Frédéric Hasselquist, Suédois, élève de Linné, s’embarque pour le Levant le 7 août 1749. C’est Linné lui-même qui donna la première idée de ce voyage. Il avait représenté dans ses leçons, de la manière la plus éloquente et la plus persuasive, tout ce qu’il y aurait de mérite et de célébrité pour le jeune étudiant qui ferait un voyage en Palestine et rechercherait, afin de les décrire, les productions de l’histoire naturelle de cette contrée qui alors était inconnue. Le jeune Hasselquist résolut d'entreprendre ce voyage, aidé seulement par des souscriptions particulières. Il arrive à Smyrne le 26 novembre. Il y passe l’hiver, et se rend ensuite à Magnésie (Manika) dans l’Anatolie. Il séjourne pendant un an au Caire, et de cette ville il envoie à Linné et aux sociétés savantes de son pays quelques échantillons de ses recherches. 

Parti du Caire au mois de mars 1754, il prend sa route par Damiette, Jaffa et la Terre-Sainte ; va à Jérusalem avec les pèlerins, et de là à Jéricho, au Jourdain, à Bethléem, à Acre, Nazareth, Tibériade (Tabarié), Cana en Galilée, Tyr et Sidon. Il se rend ensuite à Chypre, Rhodes et Chio, d’où il revient [425] à Smyrne, chargé d’une quantité considérable de curiosités recueillies dans les trois règnes de la nature. Hasselquist avait ainsi rempli l’attente de son pays, mais il ne devait pas jouir du fruit de ses travaux. Arrivé malade à Smyrne, il ne put se rétablir, et mourut le 9 février 1752 dans la trentième année de son âge. 

M. Fleischer. — En 1826, M. Fleischer, voyageur de la société d’Esslingen, se rendit à Smyrne et en Égypte. Une partie de ses récoltes périt, malheureusement, par le naufrage du vaisseau qui les transportait en Europe. En 1827, M. Fleischer continua à recueillir les richesses de l’Asie-Mineure, et surtout celles que lui offraient les environs de Smyrne. 

M. Fellows. — M. Charles Fellows a publié en 1841, avec le récit d’une seconde expédition dans l’Asie-Mineure, les découvertes qu’il a faites dans la Lycie et la Carie. M. David Don a donné en même temps la liste de ses plantes. 

Docteur Fischer. — Le docteur Fischer, qui depuis est entré au service du pacha d’Égypte, a voyagé en Syrie avec le comte Ostermann. 
Il a eu occasion de faire une excursion dans l’Yémen en société, une partie du temps, avec M. Guillaume Schimper.

Source :

http://www.bibliotheque-institutdefrance.fr/sites/default/files/la_bibliotheque_botanique_delessert_catalogue_expo.pdf