Imprimer
Catégorie : Relations franco-turques
Affichages : 1711

L'île de Crète fut rattachée à la Grèce en 1913. Elle connut depuis l'Antiquité une histoire riche et mouvementée et appartint à l'Empire ottoman de 1669 à 1913. Voici une partie de cette histoire vue de France au XVIIIe siècle.

Le point de vue n'est évidemment pas favorable aux Turcs.

Extrait de 

Collection des voyages en Asie. Tome quatorzième. Bibliothèque universelle des dames. Voyages. Paris, Ménard et Desenne, Fils, Rue Gît-le-Cœur, n° 8, Sans date [fin du XVIIIe siècle]

Nous avons transcrit les « et » en « et » et les imparfaits avec la graphie « -oit » et « -aient » dans leur forme moderne. Nous n’avons pas modifié les autres graphies.

LETTRE CCL.
De Candie.

APRÈS avoir quitté la rade de Casos, dont le souvenir restera long-tems gravé dans ma mémoire, nous avons jetté l’ancre à Standié, à la distance d’environ quatre lieues de Candie, où un canot est venu nous chercher pour nous introduire dans l’île.

Aucun pays, Madame, n’est aussi célèbre dans la mythologie ancienne que l’île de Crète, aujourd’hui surnommée Candie, vous savez que les Curètes s’y établirent et en civilisèrent les habitans que le dieu qui lance le tonnerre fut élevé dans l'antre du mont Ida ; que les Titans, ces superbes adversaires du roi de l’Olympe, y prirent naissance; enfin que ce fut la Crète qui donna le jour à Minos et à Rhadamante. Mais sans m'arrêter aux prodiges multipliés dont la fabuleuse antiquité orne les annales Crétoises, je vais esquisser à grands traits ce que l’histoire nous a laissé de moins incertain sur les divers peuples de cette contrée.

[Crète antique]

Le gouvernement de l’île de Crète fut monarchique jusqu’à la fuite d’Idoménée. Crès fut le premier de ses rois, il contribua au bonheur de son peuple par plusieurs découvertes utiles; et ses sujets, animés par la reconnaissance, voulurent conserver le souvenir de ses bienfaits et immortaliser son nom, en le donnant à l’île. L’histoire se tait sur les successeurs de ce monarque ; elle apprend simplement le nom de quelques-uns, et un petit nombre de faits, mêlés de fables, arrivés sous l’empire des autres. Parmi ces souverains on trouve deux Jupiter et deux Minas, que les écrivains confondent en attribuant à un seul des actions qui devraient être partagées entre chacun d’eux, Idoménée fut le dernier des rois de cette île fameuse. Après être signalé au siège de Troie, il retournait couvert de lauriers dans ses états, mais Leucus, son fils adoptif et qui avait usurpé la couronne en son absence, le poursuivit à main armée et le força de remonter sur ses vaisseaux. D’autres historiens attribuent la fuite de ce prince au vœu téméraire qu'il avait fait au fort d’une tempête, et qu’il eut la barbarie d'accomplir. Quelques-tems après ses sujets affligés par la peste, regardèrent ce fléau comme un effet de la vengeance divine, et chassèrent ce père, homicide qui alla fonder le royaume de Salente. 

Quoiqu’il en soit, ce fut à cette époque que le gouvernement Crétois devint aristocratique. La forme mixte était composée de la volonté du peuple et de celle des chefs; cependant comme les grands occupaient les premiers emplois, ils avaient la part la plus considérable à l’administration. Les chefs de la république que l’on nommait Cosmoi, et qui remplissaient les mêmes fonctions que les Ephores à Sparte, étaient au nombre de dix. Les loix avaient borné à une année la durée de leur puissance, et un sénat composé de vingt-huit citoyens d’un mérite éminent et d’une probité sans tache, et qui tous avaient été honorés de la dignité de Cosmoi, servait encore de barrière à leurs désirs ambitieux. De plus un chef qui se rendait indigne de la place où il avait été élevé, était destitué dans une assemblée/de la nation, ou dans une de ses collègues. Ainsi un intérêt puissant engageait les chefs de la république à parcourir glorieusement leur carrière. D’un côté la crainte du déshonneur les arrêtait, de l’autre ils étaient excités par l’espoir de devenir un jour membres du conseil national. La république de Crête dont l’antiquité, ainsi que vous l’avez vu, remonte au siège Troie, fleurit jusqu’au siècle de Jules-César. Aucune autre n’a joui d’un règne aussi long. Le législateur, en fondant le bonheur des Crétois sur la liberté, avait établi des loix propres à former des hommes capables de la défendre. Tous les citoyens étaient soldats, tous étaient exercés dans l’art de la guerre, et c'était chez eux que les plus célèbres capitaines de l’antiquité allaient en prendre des leçons.

D’un autre côté le législateur persuadé que les conquêtes sont ordinairement de grandes injustices, que souvent elles affaiblissent la nation victorieuse et corrompent presque toujours ses mœurs, s’était efforcé d’en détourner les Crétois, Les productions abondantes de leur île fournissaient à leurs besoins. Ils pouvaient se passer des richesses étrangères qui, avec le commerce, eussent amené le luxe et les vices qui marchent à sa suites sans le défendre expressément, il sut en inspirer le dégoût, Les jeux gymnastiques qui occupaient les loisirs d’une ardente jeunesse z les plaisirs de la chasse auxquels elle se livrait, les spectacles publics qui rassemblaient les diverses classes de la société et où les femmes étaient admises, l’amitié que les Crétois regardaient comme une divinité, l’amour de l‘égalité de l’ordre et de la patrie dont tous les coeurs étaient enflammés, tous ces liens attachaient les citoyens à leur île, et trouvant le bonheur chez eux ; ils ne songeaient point à chercher' au-dehors des richesses pernicieuses et une gloire imaginaires Cette modération est  peut-être unique dans l’histoire, et peu de peuples en ont partagé le mérite avec les crétois. 

Mais si les villes nombreuses qui florissaient en Crète, n’unirent point leurs effors pour asservir leurs voisins, elles ne furent pas toujours assez sages pour conserver la paix entr'elles. La discorde y alluma souvent son flambeau. Les plus puissantes voulurent  dominer sur les plus fortes. Ces guerres civiles causèrent la ruine de plusieurs villes et ensanglantèrent la patrie de Jupiter.

L’éducation guerrière n’avait point étouffé dans le coeur des Crétois le goût des beaux-arts. Ils eurent l’honneur de faire éclater leur munificence envers Homère par un présent de mille écus, générosité qu’ils consacrèrent en inscrivant ce don sur une colonne publique. Ces républicains, si l’on s’en rapporte au témoignage des' auteurs anciens, étaient encore' plus curieux de cultiver leur esprit que d'exercer leur Corps. Aussi lorsque la discorde régnait parmi eux, souvent la voix de la sagesse et le charme de la poësie les ramenèrent à la raison.

Les fastes de l’antiquité nous représentent les Crétois courant aux solemnités fameuses de la Grèce et remportant la palme aux jeux Olympiques, Néméens et Pythíens ; d’autres favorisés des muses mirent en vers héroïques les oracles fameux, et composèrent divers poëmes où ils célébrèrent les hauts faits des héros. Ctésiphon et Métagène son fils, tous deux Crétois, s’immortalisèrent par la construction du temple de Diane à Ephèse. Cette république amie des arts résista pendant plus de dix siècles aux efforts des princes qui tentèrent de l’asservir, mais elle succomba enfin sous le colosse de la puissance romaine. Depuis cette époque jusqu’à nos jours, les Crétois n’ont plus figuré parmi les autres peuples de la terre et ils n’ont plus formé une nation, et ils ont perdu peu-à-peu leur vaillance, leurs arts, leurs sciences, leurs mœurs et leurs vertus. On ne peut attribuer cette décadence déplorable qu’à l’extinction de leur liberté.

Cependant l’ile de Crète sembla sortir de cette léthargie sous les loix de la république de Venise ; du moins ses habitans moins opprimés commencèrent ä respirer sous un gouvernement modéré et qui encouragea parmi eux le commerce et l’agriculture. Ils ne jouirent pas long-tems des rayons du bonheur qui commençait à luire pour eux; une puissance presqu’aussi formidable que celle des Romains, mais beaucoup plus barbare, enleva la Crète aux Vénitiens, et ravir pour jamais à ses habitans malheureux l‘espoir de voir renaître les jours de leur grandeur et de leur prospérité. 

LETTRE CCLI.
De Candie.

LA splendeur de l’île de Crète paroît donc, Madame, éclípsée pour toujours. Le tems n’a pas épargné une seule de ses cités, et à peine existe-t-il quelques ruines de ces villes autrefois si magnifiques.

[Candie, nom actuel : Héraklion]

Suivant le sentiment du plus grand nombre des géographes et des historiens, la moderne Candie est élevée sur l’emplacement de l’ancienne Héraclée. Je n’ai pas sûrement besoin de vous rappeler le siège mémorable que soutint cette ville contre les forces réunies de l’empire Ottoman. Ce fut l’heureux Kiopruli qui, après un des sièges les plus longs dont l’histoire fasse mention, soumit la Crête à la domination du Grand-Seigneur. Ce Grand-Visir entra dans Candie le 4 octobre 1670, et fit réparer une partie des ravages que la guerre avait occasionnés. Les murs qui entourent cette ville ont plus d’une lieue de circuit, sont bien entretenus, et défendus par des fossés profonds; mais ils ne sont couverts d'aucun fort extérieur. Du côté de la mer elle est inattaquable, parce que les vaisseaux n’ont pas assez de fond pour s’en approcher.

Candie est la résidence d’un Pacha à trois queues. Les principaux officiers et les divers corps de la milice Ottomane y sont rassemblés. Mais cette ville qui, sous les Vénitiens avaient recouvré une partie de son opulence et de son commerce, a perdu ces avantages sous le maître actuel qui l’opprime. Son port qui forme un joli bassin, où les navires seraient à l’abri de tous les vents, se comble de jour en jour ; on n’y voit plus guère que des barques et des bateaux. Le commerce n’est pas moins gêné par ces encombremens que par la tyrannie Ottomane, et les gouverneurs ne songent nullement à les faire disparaître.

Cette capitale embellie par les Vénitiens, percée de rues droites ornée de maisons bien bâties, d’une belle place et d’une fontaine magnifique, ne renferme dans sa vaste enceinte qu’un petit nombre d’habitans et plusieurs quartiers sont presque déserts. Les temples Chrétiens sont convertis en mosquées. Cependant les Arméniens y possèdent deux églises, les Grecs une, et les Juifs y ont une synagogue.

A l’Occident de Candie se prolonge une chaîne de montagnes qui descend du mont Ida et dont la pointe va former le promontoire de Dion. La rivière que l’on voit dans ce lieu s’appelait anciennement le Triton, près de la source duquel Minerve naquit de Jupiter. Une lieue à l’orient de cette ville le fleuve Coratus arrose une vallée charmante. On voit encore au-delà une autre rivière sur les bords de laquelle la fable prétend que Jupiter célébra ses noces avec Junon. 

Les environs de Candie ornés autrefois de jardins et de vergers n’ont pas été replantés depuis la guerre; mais à quelque distance la campagne est abondante en blés et en arbres fruitiers. Les côteaux voisins plantés de vignobles produisent un vin parfumé dont les habitans savent priser la saveur.

Les monts et les côteaux de l’île de Crète qui jouit de la plus heureuse température, sont couverts en général de diverses espèces de thym, de sariette, de serpolet, de cistes odoriférans et d’une foule de plantes balsamiques. Les myrtes et les lauriers-roses bordent les ruisseaux qui fuient dans les Prairies. Les campagnes offrent de toutes parts des bosquets d’orangers, de citronniers et d’amandiers. Des, touffes de jasmin d’Arabie sont répandues dans les jardins, qui sont décorés au printems de riches tapis de violettes. Ici le safran embellir de vastes campagnes, là le creux des rochers est embaumé par le dictame ; en un mot, les montagnes, les vallons et les plaines exhalent de tous côtés des odeurs aromatiques qui parfument l’air que l’on y respire. Aussi sous ce beau ciel les Crétois sont-ils sujets à moins de maladies, et plus particulièrement favorisés qu’aucun peuple des avantages de la beauté. 

La plupart des Mahométans qui habitent l’île de Crète ont ordinairement depuis cinq pieds et demi jusqu’à six pieds de haut. Tous les traits de leur figure sont développés. Leurs bras sont nerveux et rappellent ceux des anciens Athlètes. Ils .ont les épaules larges et la poitrine élevée. Leur col, délivré de ces liens qui, dès l’enfance captivent ceux des Européens, prend les belles proportions que la nature lui a assignées ; ils marchent les jambes nues, et leurs cuisses et leurs genoux ne sont point étranglés dans ces vêtemens ridicules que les peuples de l’Europe ont adoptés. Aussi toutes les parties de leur corps, dégagées des entraves qui gênent nos mouvemens et que l'habitude seule peut nous faire supporter, ont chacune leur forme naturelle et observent entr'elles ces rapports prononcés dont la perfection fait la beauté de l'homme.

Si la force et la majesté sont ici le partage de l’homme, les graces et la délicatesse sont celui des femmes. Nul vêtement ne gêne l’accroissement d’aucune partie de leur corps : un corset barbare n'emprisonne point le plus bel ornemens de leur sexe, qui se dessine sur les formes admirables dont la main de la nature l’a décoré. Un col arrondi avec grace, des yeux noirs remplis de feu, une bouche mignonne, un nez parfaitement bien fait, des joues que la santé colore, tels sont encore les attraits de la plupart des Crétoises. De longs cheveux noirs négligemment tressés, et dépourvus sur-tout de ces poudres variées qui déguisent la couleur de nos belles, font encore ressortir le brillant de leurs charmes. Leur ébène donne plus d’éclat à la blancheur de leur teint au coloris de leurs joues, et l’on ne peut s’empêcher convenir, en considérant cet usage si favorable à leurs attraits, que la nature seule est vraiment belle, qu’elle seule peut inspirer un véritable intérêt.  N’allez point comprendre dans ce tableau les Grecs qui habitent l’île de Candie. Ils partagent, il est vrai, avec les Turcs les avantages d’un beau ciel, d'un air serein, d’une température délicieuse, mais ils sont esclaves, et le caractère de la servitude imprimé sur leur figure a flétri leur âme et dégrade la noblesse de leurs traits.

Leur regard est rampant, et lorsqu’ils l’élèvent, on y découvre la fourberie et la bassesse; et c’est en effet, ainsi que sont dégénérées les vertus éclatantes d’une nation qui donnait le nom de barbares à tous les autres peuples de l’univers.

LETTRE CCLII.
De Candie.

[Le labyrinthe, le Minotaure, Thésée]

JE vois votre impatience, Madame, j’entens vos reproches. Vous êtes curieuse de savoir ce qu’est devenu ce labyrinthe fameux, dont Thésée, conduit par l’amour, sut percer les routes obscures, et détruire le monstre affreux qui en avait fait le théâtre de ses cruautés; L’imagination des poètes a surchargé d’épisodes la sable du minotaure. Vous savez que cet autre était l’asile où se déroba à la persécution de Minos, le fruit incestueux des amours de Pasiphaé son épouse, et de Taurus, seigneur Crétois, le même qui revenant victorieux des phéniciens, avait enlevé Europe, fille du roi Agenor. Cet enfant malheureux relégué dès sa naissance sur des rochers déserts, y avait contracté une férocité qui le rendit par la suite l’exécuteur des vengeances sanglantes du roi de Crète. C’était dans cet autre que le prince envoyait les victimes qu’il vouloir sacrifier ; c’était là que périssaient les otages infortunés de ce tribut sanguinaire, que Minos avait imposé à Egée. Le célèbre Athénien qui fut le compagnon du grand Alcide, Thésée, voulut un jour se mettre au nombre de ces otages, sur la foi d’un oracle qui lui avait inspiré le désir de délivrer sa patrie du minotaure. Il aborda donc en Crète, et obtint d’abord de Minos, dont il avait presque désarmé le courroux, la permission de combattre dans les jeux publics. Ce jeune héros excita l'admiration de tous les Crétois par son adresse et sa valeur, et enflamma plusieurs coeurs par les charmes extraordinaires de sa beauté.

De ce nombre fut Ariane qui ne tarda pas à faire l‘aveu de sa flamme à son vainqueur. Minos, de ce nouvel affront, se hâta d‘envoyer au labyrinthe un ennemi si dangereux. Mais l’amour veillait sur ses jours. Ariane lui avait donné un fil qui pouvait diriger ses pas dans les détours tortueux de cette caverne et elle lui avait fait présent de l’épée qui devoir faire couler le sang odieux du minotaure. Thésée fut vainqueur, il fut, dit-on, ingrat et infidèle, et cette ingratitude a terni son exploit.

En parcourant ce labyrinthe, je n’avais pas, ainsi que le héros Athénien, la crainte d’être massacré par un monstre cruel ; mais aussi je n’étais pas excité par l’objet flatteur qui devait être le prix de son courage; tour ce que j’avais de commun avec lui, c’était le fil d’Ariane, car c’est ainsi qu'on nomme encore les pelotons de ficelle dont se servent les voyageurs pour' pénétrer dans cette caverne.

Il me serait impossible de vous donner une description exacte de ce souterrain épouvantable, rempli de sinuosités repliées les unes sur les autres, de routes nombreuses qui s’écartent de chaque côté, et se croisent en sens différens, et de longs circuits qui, tantôt divisés en plusieurs rameaux, tantôt terminés par des culs-de-sac, obligent le voyageur de retourner sur ses pas et le ramènent au carrefour dont il était parti. Un fait admirable, c’est la propriété qu’a le rocher de relever en bosse les noms qu’on y a gravés. Les allées de ce labyrinthe sont ordinairement hautes de sept à huit pieds, et leur largeur varie depuis six jusqu’à dix.

L’entrée en est très-basse, il paraît que la nature seule en a fait les frais, que le reste du souterrain a été taillé et creusé plus profondément par la main des hommes, et qu’il servit long-tems de prison. Près de ce labyrinthe sont les ruines de la ville de Gortyne fameuse autrefois par la magnificence de ses temples et de ses édifices. Les débris de cette cité sont en petit nombre; le tems a dégradé les uns, les autres ont été enlevés par les Turcs qui en ont destiné les plus beaux marbres à servir de porte à leurs jardins. Il y a lieu de présumer encore que la meilleure partie des ornemens de Gortyne est enfoncée sous le terrein qui s’est considérablement exhausté, et que si l'on y faisait des fouilles, on y trouverait quantité de statues et de monumens précieux.

Tel est le sort de la plupart des villes de la Crète. Cependant cette île changerait de face si elle appartenait à un peuple policé, les arts revoleraient avec plaisir sous un climat aussi heureux, et une libre industrie donnerait bientôt une nouvelle existence à une contrée si favorisée de la nature.