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Catégorie : Biographies
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Recaizade Mahmut Ekrem (Ekrem bey) est un des plus grands écrivains turcs de la fin du XIXe siècle. Il a participé à la modernisation de la littérature dans son pays. Son célèbre roman Araba sevdasi (Un amour en calèche) publié en 1896 est toujours réédité, mais n'a jamais été traduit en Français.


Recaizade Mahmut Ekrem est né le 1er mars 1847 à Istanbul dans une famille de notables. Il meurt le 31 Janvier 1914 à Istanbul.
Il apprend le Persan et l'Arabe avec son père, Mehmet Efendi Recaizade Sakir, un journaliste connu.
Fonctionnaire au Ministère des Affaires Etrangères.
1877 : membre du Conseil d’Etat
1880-1888 : professeur de littérature au Mekteb-i Mülkiye et au lycée de Galatasaray
1908-1914 : (après la révolution jeune-turque) fut ministre des fondations pieuses dans le gouvernement, membre du Sénat jusqu’à sa mort.


Ami de Namik Kemal et Abdülhak Hamit, deux écrivains célèbres en Turquie. Il participe avec eux au mouvement pour une nouvelle littérature, défendu par la revue Servet-i Fünun (ou Edebiyat-i Cedide) et devient une référence. Il lit le Français et est très influencé par la littérature française.
Il est plus connu comme poète que comme romancier, crée le concept de "rime pour l'oreille", par opposition à la rime "visuelle" de la poésie traditionnelle qui sera abandonnée.
Il écrit encore des poèmes qui continuent la tradition du divan, mais utilise aussi la langue courante (sans mots savants).
Ecrit quelques poèmes "hece vezni" (nombre égal de syllabes par vers), mais plutôt des "haruz" (poème complexe dépendant de la longueur de la syllabe).
Son inspiration est multiple mais s'oriente plus vers le sentiment après la mort de ses enfants.
Son oeuvre critique est très importante et influença ses contemporains.

Araba Sevdasi (L'amour du carrosse) est un des premiers romans (au sens européen) turc et l'une des œuvres les plus populaires de la littérature turque, qui est toujours rééditée aujourd'hui. Bihruz Bey, le personnage principal, gâté et fragile hérite de la fortune de son père. Ce roman réaliste raconte comment il dilapide sa fortune par vanité, il révèle aussi les travers des personnes à l'époque des Tanzimat, toujours soucieux de paraître et  de ressembler aux Occidentaux. Bihruz apprend le Français, lit la littérature française et en utilise, par snobisme, de nombreux mots en toutes occasions. Les éditeurs modernes du roman ont d'ailleurs été obligés d'ajouter un lexique de dix pages (Voir un extrait dans La littérature turque et ses sources françaises de Gül Mete-Yuva). La langue ironique et la psychologie sont les autres originalités de ce roman.

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Araba sevdasi (réédition en caractères latins, simplifiée),
éditions Kanaat Yayinlari, 1979

Très affecté par la mort de ses trois enfants et surtout celle de Nejad (à l'âge de quinze ans) qui était passionné de littérature et dessinait, il en fait un livre, "Nijad Ekrem" qui contient des textes écrits par son fils. C'est une oeuvre composite, innovante et originale à cette époque, avec une partie des textes en Français. Elle mêle poèmes en Turc parfois traduits, évocations de son fils en prose, auxquels s'ajoutent les dernières lettres qu'il a écrites en Français. Elle est illustrée de photographies et de dessins de Nijad.

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Couverture du recueil Nijad Ekrem, 1910
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  Lettre en Français écrtir par Nijad Ekrem publiée dans le recueil éponyme


Il  traduisit les Prisons de Pellico en Turc.
Ses oeuvres ne sont malheureusement pas traduites en Français.

Recaizade était ami avec Abdul Medjid Effendi (1868-1944), un des fils du sultan Abdulaziz et peintre qui fit son portrait de l'écrivain.

Réception en France

Il est connu sous le nom de Ekrem Bey.

"Le fameux poète Ekrem Bey vient de publier le premier volume d'un nouveau recueil, Nijad (Race). Dans ces poésies, qui appartiennent  au genre élégiaque, Ekrem Bey s'est inspiré surtout de Lamartine et aussi de Tennyson. Dans le Tanin, un compte rendu extrêmement élogieux de la Nijad a été donné."

Extrait de la Revue du monde musulman, 1911

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"Ekrem-bey est le législateur de la poésie actuelle, en même temps que le prince des critiques ottomans. Son Talimi-Edebiyate (Exercice de littérature) est un véritable code poétique. Mais contrairement à la stérilité dont sont affligés en général les critiques, Ekrem-bey est un délicieux poète.  Un jeune écrivain de mes amis, Ali Haïdar-bey, ne trouvait mieux pour me définir un jour la poésie d'Ekrem-bey, que cette image :

"Une nuit de juin... des parfums et du silence... Notre magique lune d'Orient reflétée sur les flots assoupis du Bosphore... Et, par moments, en cette profonde quiétude, la musique douce, douce et si triste d'un bulbul [rossignol] qui pleure d'amour".

Méditatif, lamartinien par élection spirituelle, il est le chantre des suaves tendresses et le consolateur des belles âmes éplorées ; aussi fait-il preuve d'une délicatesse de pensée et d'une élégance de langage adorables. Le principe fondamental de son esthétique consiste à réunir dans tout ouvrage littéraire, et spécialement dans le poème, ces trois beautés :  beauté de l'idée, beauté de l'imagination, beauté du sentiment. Cet aristocrate intellectuel, aux yeux duquel peu de poètes trouvent grâce, parle ainsi [dans la préface de Zemzeme] de cet autre illustre esthète, Abdul-Hakk-Hamid [...] dans l'oeuvre duquel il constate la plus pure expression de sa doctrine [...] Que Ekrem-bey me permette de déclarer  [...] que sa poésie est la plus jolie rivale que puisse avoir celle d'Hamid-bey.
Ekrem-bey a publié trois ou quatre volumes de vers sous le titre général de Zemzeme (Modulations). C'est lui qui écrivit la première pièce de théâtre en turquie, Afife Angelik (Angélique la chaste), drame d'une conception éminemment élevée et d'une facture remarquable. Enfin son essai sur la Pensée, Tefekkur, lui valut la renommée d'un philosophe et d'un moraliste distingué."

Extrait de Charles d'Agostino, La littérature turque contemporaine in Revue encyclopédique : recueil documentaire universel et illustré, 1895

Oeuvres

Poésie

Roman

Nouvelles

Pièces de théâtre

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Réédition de 1961 en caractères latins

Prose

 

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