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Catégorie : Gens de Turquie
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Avenues, places, monuments et statues disent la grandeur des villes. Mais il y a aussi les égouts, les câbles, les canalisations. Et les déchets. Avant que le contenu des poubelles municipales soit chaque jour déversé dans les camions-bennes pour être emmené au plus loin, se glisse, comme dans un interstice, le petit peuple des trieurs en tout genre.

Mais ces hommes qui gagnent à peine leur vie cherchent presque toujours à effacer leur présence. Tout au moins, d'un geste énergique de dénégation, ils refusent les photographies indiscrètes. 

Les outils de base ce sont les sacs énormes en toile robuste, couvert à tout jamais d'une crasse indélébile, qui seront bientôt remplis à ras bords d'objets méthodiquement triés : emballages en carton, bouteilles écrasées, canettes de boisson gazeuse, plastiques en tout genre.

Sacs tellement énormes qu'ils cachent souvent au regard l'homme courbé en avant qui tire péniblement son chargement vers d'autres destinations.

Au début de la tournée certes, la peine est légère, et l'homme traîne aisément d'une seule main, son charriot.

Parfois la charrette prend la forme d'un tricycle poussé d'un pas égal et ferme, sur laquelle on pose aisément du matériel usagé et encombrant.

Dans les villes, tous les moyens sont utilisés pour le transport de ces matériaux récupérés directement dans les grosses poubelles métalliques : vélos, motos, camions.

On trouve encore, mais bien plus rarement, vestige d'un passé qui disparaît lentement, le cheval, l'animal de trait par excellence, tirant un charroi où s'entassent pêle-mêle valises, bidons, sacs plastique, tissus.

La bête connaît par cœur l'itinéraire suivi chaque jour. Tandis que son maître s'active, les oeillères en cuir l'empêchent de prendre peur, et lui permettent de garder patience. 

Comme pour lui prêter un air de fête, un chanfrein joignant le frontal à la muserolle est composé de perles de couleurs. 

Tous ces efforts, accomplis quotidiennement, aussi bien dans la froideur de l'hiver qu'aux rayons ardents du soleil d'été, convergent vers le transport hors la cité. Le camion est le moyen de déplacement privilégié.

Aussi voit-on, parfois sur les routes, sans qu'on y prête vraiment attention, des chargements immenses qui purgent la ville de ses déchets.

JJB, juillet 2017