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Catégorie : Sites archéologiques et historiques
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Texte du voyageur anglais Hamilton qui décrit Bogazkale et Yazlikaya. Il est étonné par les ruines qu'il découvre, mais ne donne aucune hypothèse nouvelle sur leur origine. Sa discussion sur l'identification du site reste très tributaire des sources antiques qui ne connaissaient pas les Hittites et évoque les Perses et les Amazones !

Il donne une description assez précise de Yazilikaya.

William J. Hamilton, Researches in Asia Minor, Pontus and Armenia: with some account of theirs antiquities and geology, Londres, John Murray, 1842

[Bogazkale]

Ayant réussi à obtenir une hauteur méridienne du soleil, j'ai visité les intéressantes découvertes de M. Texier qui resta ici huit jours, à faire des plans précis, des enquêtes, et des dessins des ruines voisines. A quelques centaines de mètres à l'est du village, un espace important est fermé par une haute butte de toute évidence artificielle, dont le côté Nord-Est est formé de murs massifs cyclopéens faits d'énormes pierres. Un demi-mile au Sud-Est, se trouve le site d'un autre fort sur un rocher élevé défendu par des précipices profonds à l'Est, et sur les autres côtés par un glacis incliné à un angle de 40° et surmonté d'un mur de pierres sèches. Plusieurs citernes ont été creusées dans la roche sur le sommet, et le sol est jonché de fragments de vases et de poterie.
J'appris plus tard que M. Texier, au cours de ses excursions, avait découvert deux autres forts cyclopéens sur la colline au sud, en dehors des murs d'une ville importante dans le même style gigantesque.
Entre les deux forts que je viens de décrire se trouvent les ruines d'un grand temple de belles proportions, et construit avec d'énormes blocs de pierres bien taillées et bien appareillées.

DSCN0925 Hattusas, porte des lions

Hattusa, bel appareil de pierres

Le plan d'ensemble des fondations est parfait, comme on le voit sur le bois gravé [illustration]. La destruction de la construction peut en grande partie être attribuée à un désir d'extraire les matériaux de valeur. La seule partie qui n'a pas résisté aux ravages du temps et autres spoliateurs est l'angle nord du pronaos, où le sol ayant une pente plus forte s'est écroulé. Le temple est presque face au Nord-Est ; ses dimensions extérieures sont de 219 pieds de longueur, et 140 de largeur, tandis que l'intérieur de la cella mesures 87 pieds par 65. L'ensemble du plan au sol de sa structure interne peut être nettement tracé, c'est-à-dire la cella, le pronaos, et l'adytum, et aussi de nombreux passages et de petits appartements. Un magnifique escalier y conduit sur le côté Nord-Ouest, et peut-être sur le Nord-Est aussi, et il y avait deux entrées au  Nord-Ouest. et Sud-Ouest ; tout un ensemble de petits appartements ou de cellules s'étend sur toute la longueur du temple du côté Sud-Est. Il est entièrement construit en marbre, à l'exception d'une partie du pronaos, qui est en trachyte noir ou en basalte, il était entouré de deux murs distincts, qui tous deux peuvent être facilement tracés - l'un à une distance de 30 pieds, et l'autre à 65 ou 70 pieds plus loin, avec les restes d'une solide tour à l'angle sud du mur extérieur. Certaines des pierres dans les fondations ont 17 ou 18 pieds de long, et six pieds de haut ; l'épaisseur de la paroi, qui est celle d'un bloc, est de cinq pieds.

[Yazilikaya]

Deux miles au nord-est du temple, près de la base de l'escarpement d'une crête de roches calcaires, se trouvent les remarquables bas-reliefs, qui ont été découverts par M. Texier. Ils sont à l'intérieur d'une petite cavité qui ressemble à une carrière, mais peut-être formée par des masses gigantesques détachés de la falaise voisine ; elle s'ouvre au sud-ouest, les roches ont de 30 à 50 pieds de haut sur chaque côté. Le principal bas-relief lui-même est l'un des monuments les plus curieux découvert en Asie Mineure, et se compose de plusieurs groupes de figures sculptées sur la surface de la roche à quelques pieds au-dessus du sol. Beaucoup de motifs, cependant, sont très usés et presque effacés, en particulier les personnes les plus éloignées du centre ; peut-être les personnes de rang inférieur ont-elles été moins profondément gravées. [NDLR : Ce sont les deux cortèges de dieux] La composition semble représenter la rencontre de deux rois, dont chacune détient des emblèmes de la royauté dans sa main et est suivi par un long cortège de soldats ou de serviteurs, habillés comme lui, et s'étendant le long des deux côtés de l'espace. Les deux personnages principaux sont cinq pieds de haut, les quelques figures proches ont de trois pieds six pouces, et les autres de deux pieds six pouces. Le personnage principal sur le côté gauche, venant en quelque sorte de l'ouest, est debout sur un animal non identifié, et est vêtu d'une robe serrée près du corps, avec un haut bonnet conique et une barbe, tandis que l'autre personnage principal est vêtu de robes flottantes [...] avec un couvre-chef carré crénelé [sic] et sans barbe. Certains de ses suivants sont debout sur un lion ou un tigre, et d'autres sur un aigle à deux têtes.

DSCN0983 Yazilikaya, chambre A, cortège

Cortège, Yazlikaya, chambre A

M. Texier considère que le sujet de la sculpture est une réunion des Amazones et des Paphlagoniens, mais je suis plutôt enclin à penser qu'il représente la rencontre de deux rois voisins, et qu'il était destiné à commémorer un traité de paix conclu entre eux. Le Halys, qui n'est pas éloigné de nombreux miles, a longtemps été la frontière entre les royaumes de Lydie et de Perse, et il est possible que dans la figure avec les robes flottantes, nous puissions reconnaître le roi de Perse, et dans l'autre le roi de Lydie avec sa suite, des Lydiens et des Phrygiens, puisque leur coiffure ressemble au célèbre bonnet phrygien. Cet endroit peut avoir été choisi pour commémorer la paix, puisque la ville voisine est la grande ville frontière. Cette opinion est confirmée par la figure principale du côté Est qui est représenté debout sur une bête sauvage, probablement un lion, et qui ressemble en fait à des animaux sculptés sur les monuments de Persépolis, alors que certains de ses serviteurs sont debout sur les ailes d'un aigle à deux têtes, un symbole fréquemment rencontré dans les ruines des bâtiments perses, même d'une période ultérieure. Mais quel rapport entre les Amazones et un lion ou un aigle à deux têtes? D'ailleurs, ce n'est pas en ce lieu que les Anciens plaçaient ce peuple singulier.

Dans la même cavité se trouve une autre figure, de sept pieds de haut, sculptée dans le rocher, mais détachée de la procession mentionnée précédemment. Il a dans les mains de curieux emblèmes, et on peut voir d'autres figures de même nature dans une autre cavité dans les rochers voisins, dont certains peuvent avoir été conçus comme des monuments funéraires.

DSCN0990 Yazilikaya, chambre A, roi

 

[Discussion sur l'identification de Bogazköy]

M. Texier a donné à la ville, à l'évidence importante, dont les ruines marquent le site, le nom de Pterium, un lieu sans grande importance, non mentionné par Strabon ou d'autres géographes plus tard, mais évoqué par Hérodote sous le nom de Pteria, comme ayant été prises par Crésus, qui avait traversé l'Halys et marché dans cette partie de la Cappadoce qui est face au territoire de Sinope. Ici, Cyrus l'a rencontré, et une grande bataille fut livrée à Pteria sans résultat décisif. Maintenant, il est probable, puisqu'elle est mentionnée en compagnie de Sinope, que Pteria fut près des rives de la mer Noire, et non pas si loin dans les terres, bien que l'allusion à la bataille entre Crésus et Cyrus est un fait remarquable par rapport au bas-relief dont je viens de décrire.

Dans un court article que j'ai rédigé après mon retour à Smyrne, et qui a été publié avec quelques modifications dans le Journal de la Royal Geographical Society de Londres, je me suis efforcé de montrer que ces ruines ne peuvent être autre que celles de la Tavium longtemps recherché, ou Tavia, selon certains géographes, la capitale des Galates Trocmes. Nous apprenons de Strabon que Tavium était un lieu de grand commerce, et par conséquent doit avoir eu de nombreuses communications avec les villes alentour, un fait dont témoignent les nombreuses routes qui en partent vers différentes villes répertoriées dans la Table de Peutinger et l'itinéraire d'Antonin. Elle était aussi célèbre pour une statue colossale de Jupiter, un asile sacré et un temple.

Traduction et adaptation © JMB 09-2010