Imprimer
Catégorie : Villes et villages
Affichages : 2644

Au numéro 10, de la rue 34 302 du quartier de Viransehir (Mersin), sur la façade de la résidence Tuna, est incrusté un cartouche de pierre grise sur lequel on peut lire "Carolus Magnus", soit en françisant le nom latin, Charles le Grand, ou Charles le Magnifique, autrement dit Charlemagne.

charlemagne.JPG 
Sa main gauche soutient un globe surmonté d'une croix. Sa main droite porte fermement une épée à double tranchant.
Sur sa tête, dont le visage est fleuri d'une barbe abondante, est posé un énorme bonnet orné d'une couronne, où se devinent incrustés de riches joyaux. 
Tout le corps, de grande taille, est enveloppé d'un vaste manteau, dont les plis lourds tombent jusqu'au sol. Le vêtement, tenu par une fibule, largement entrouvert, laisse voir une puissante armure protégeant toutes les parties du corps : forte poitrine, cuisses, genoux, jambes, et pieds fièrement plantés sur le sol.
À terre, un oiseau fantastique, peut-être un aigle rampant, sorte de griffon dompté, semble préposé à la garde de l'empereur.

Un soldat conquérant

Charlemagne est empereur, c'est à dire roi des rois. Cela ne s'est pas fait en une seule fois, il lui a fallu parcourir un long chemin parsemé de guerres et de chevauchées. Fils de Pépin le Bref, celui qui, en Europe, a instauré la lignée des Carolingiens, Charles, à la mort de son père, en 768, se fait sacrer roi des Francs à Noyon en Picardie, aujourd'hui province française. 
Six ans plus tard, il étend son royaume au Sud, faisant la conquête de l'Italie du nord et de l'Italie centrale. En 774, Charles, en s'emparant de Pavie, capitale de la Lombardie, coiffé  d'une couronne de fer, s'y fait proclamer roi.
Pendant trente ans [772-803], il étend son royaume au Nord-Est de l'Allemagne, dans une série de guerres cruelles et sans merci contre les Saxons, jalonnées d'exactions et de massacres. Et s'empare de la Hongrie, de la Bohème et d'une partie de la Yougoslavie.
Enfin, avec plus ou moins de succès, il étend son royaume au Sud-Ouest, au nord de l'Espagne en combattant les Maures [ce dont témoigne tardivement la Légende de Roland] et maintient des places fortes en Catalogne.

Le sacre d'un empereur

Établi à Aix-la-Chapelle [Aachen, en Allemagne], cherchant à asseoir son pouvoir militaire par une indiscutable caution religieuse, Charlemagne passe alliance avec le nouveau Pape Léon III, qu'il rétablit militairement dans ses États à Rome [799].
Un an plus tard, le 25 décembre 1800, à la basilique Saint-Pierre de Rome, au cours de la cérémonie solennelle du sacre, la Pape dépose une couronne d'or sur la tête de Charlemagne, qui prend alors le titre d'Empereur des Romains. 
Ce que l'on peut comprendre aussi par Empereur des chrétiens d'Occident. Sorte de défi à l'Empire des chrétiens d'Orient, dont Irène l'Athénienne est alors, pour deux ans encore, l'impératrice régnant à Byzance [Constantinople].

Lecture des symboles

La présence de cet oiseau, au pied de Carolus Magnus, invite à une lecture symbolique. 
Le glaive dressé, tenu dans la main droite, c'est le rappel de la puissance temporelle de l'Empereur. Le globe supporté dans la main gauche, c'est <l'orbe>, sphère terrestre crucifère, autrement dit surmontée de la croix chrétienne, signe de la puissance religieuse.
Alliance des deux pouvoirs : militaire avec la cuirasse, religieux avec le manteau royal brodé.
La chevelure non coupée, qui s'étale sur les épaules, symbolise, elle aussi, l'exercice du pouvoir politique. La longue barbe évoque la sagesse de ceux qui ont su atteindre la vieillesse
tuna-apt.JPG
Et, en prime, une fleur de lys...

Pour rencontrer Charlemagne

En supposant que l'on parte des colonnes de Pompéiolis, vestiges du portique, qui conduisait du port jusqu'à la ville [aujourd'hui Viranséhir près de Mersin] il suffit, en laissant la mer sur sa droite, d'emprunter la rue 34 301, qui se situe sur le front de mer.
Deux cents mètres plus loin, à la hauteur du café <Tirak Obasi>, on prend sur la gauche la rue 34 302. 
Encore sur le côté gauche, quelques maisons plus loin, à condition d'être perspicace, la présence de Charlemagne est incontestable. La photographie en apporte la preuve !