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Catégorie : Bibliographie
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Ce volume XXIX de l'"Abrégé de l'histoire générale des voyages…", sous-titré "faisant suite aux Voyages du Levant",  publié en 1800, est une compilation des textes écrits pour la plupart par de bons connaisseurs de l'empire ottoman qui, soit l'ont visité comme voyageurs, soit y ont vécu comme diplomates au XVIIIe siècle.

Les abrégés, nombreux au XVIIIe et au XIXe siècle, permettaient de mettre à la portée d'un large public des récits de voyageurs. L'"Abrégé de l'histoire générale des voyages…", publié par La Harpe (1739-1803), qui occupe plus de 40 volumes, est une de ces publications. Au passage, on notera que la notion de droit d'auteur était assez peu développée, puisque le compilateur pille, sans vergogne et sans toujours les citer, des passages entiers des ouvrages de ses prédécesseurs ou contemporains.

Frontispice de l'Abrégé de l'histoire générale des voyages, 1800

Description

Abrégé de l'histoire générale des voyages, Ce qu'il y a de plus remarquable, de plus utile & de mieux avéré dans les pays où les Voyageurs ont pénétré; les Mœurs des Habitans, la Religion, les Usages , Arts & Sciences, Commerce, Manufactures, enrichie de Cartes géographiques & de Figures. Sixième volume du Supplement, & faisant suite aux Voyages du Levant. Tome vingt-neuvième. A Paris, Chez Moutardier, Imprimeur-Libraire, Quai des Augustins N° 28, An 8, 1800, in-8, 583 pages

Le compilateur Victor Delpuech de Comeiras (1733-1805)

L'abrégé est rédigé par Victor Delpuech de Comeiras (1733-1805) qui "fut abbé de Sylvanès et vicaire-général de Beauvais. Il mourut à Paris le 29 mars 1805". Il publia de nombreuses compilations historiques et géographiques et les volumes XXII à XXXII de l'Abrégé de l'histoire générale des voyages . "En général , Comeiras est un des plus mauvais et des plus inhabiles compilateurs. Il y a lieu de présumer que la révolution, l'ayant privé de son état, l'avait forcé de travailler pour les libraires: il leur en donnait pour leur argent." (Michaud, Biographie universelle, 1813). 

Ce jugement est assez sévère : dans nombre de passages que nous avons comparés avec les textes originaux, Comeiras s'est en fait contenté de garder le texte sans le réécrire et de supprimer des informations qu'il estime plus secondaires. 

Par exemple, dans le "Voyage de Tocas & d'Angora", extrait des Voyages de Pitton deTournefort, ce passage de botanique, au début du récit, à la date du 14 septembre : "Les bords de cette rivière sont couverts d'une belle espèce d'épinette-vivette…" (page 421 - lettre XXI de l'édition de Pitton de Tournefort de 1717) est supprimé dans l'Abrégé (page 462).

Parfois le texte ressemble à un patchwork : on trouve des extraits plus courts d'autres ouvrages, comme les "Mémoires" du baron de Tott ou le "Voyage en Syrie et en Égypte, pendant les années 1783, 84 et 85", de Volney, paru en 1787. En page 576, par exemple.

Les informations, même provenant de sources différentes, sont pour la grande majorité de première main et sont nombreuses concernant l'architecture, l'archéologie, la géographie, la vie quotidienne (cuisine, cafés, bains etc), la religion, les moeurs, l'histoire, la vie économique etc, qui font de ce recueil un témoignage sur la connaissance que l'on pouvait avoir, à la fin du XVIIIe siècle, d'Istanbul et d'une partie de l'Anatolie.

Les sources

James Dallaway (1763-1834) fut chapelain et médecin de l'ambassade anglaise à Istanbul. Il publia, en 1797, "Constantinople ancient and modern : with excursions to the shores and islands of the Archipelago and to the Troad" traduit en Français sous le titre "Constantinople ancienne et moderne, et description des côtes et des isles de l'Archipel et de la Troade par Jacques Dalaway, ... ; traduit de l'anglais par André Morellet", Paris, Denné, 1799.

C'est surtout sa description d'Istanbul qui est reprise au début de l'"Abrégé" dans les pages 40 à 81.

Ignace Mouradja (ou Mouradgea) d'Ohsson (1740-1807),  successivement secrétaire, premier interprète d'ambassade, enfin chargé d'affaires du roi de Suède près la Porte ottomane, et plus tard près la cour de France, chevalier de l'ordre royal de Wasa ; né à Constantinople, d'une famille arménienne d'origine, en 1740, mort en France, au château de Mièvre, le 27 août 1807. Il publia : "Tableau général de l'empire Ottoman, divisé en deux parties , dont l'une comprend la législation (religieuse) mahométane , l'autre l'histoire de l'empire ottoman, Paris, de l'impr. de Monsieur (F. Didot), 1787-90, 2 vol.— Tom. III, première et seconde parties (contenant les codes civil, politique, criminel et militaire; publié par le fils de l'Auteur). Paris , F. Didot, 1820, un vol., avec 32 planches ; en tout, 3 vol, in-fol., ornés de planches." (Michaud, Biographie des hommes vivants, 1816).

Ses textes sur la religion et les institutions religieuses sont largement repris dans l'Abrégé des pages 112 à 369.

Richard Pockoke (1704-1765) voyagea au Proche-Orient de 1737 à 1742 et passe par l'Asie mineure. Le peintre français Jean-Etienne Liotard fit de lui en costume oriental un portrait célèbre.

"Les obscures et insignifiantes particularités de sa vie ne valent guère la peine d'être rapportées. Ses voyages sont tout ce qu'il importe de savoir de lui. Il les commença en 1737, et revint dans sa patrie en 1742. En 1743, il publia ses Observations, sous ce titre : A description of East, and of some other countries, in-fol. Ce premier volume, qui contenait ses Remarques sur l'Égypte et l'Arabie Pétrée, fut suivi en 1745, d'un second , divisé en deux parties, qui forment chacune un volume séparé, aussi considérable que le premier. La première de ces subdivisions con. tient, en quatre livres, la description de la Terre-Sainte. de la Syrie et de la Mésopotamie, de l'île de Cypre, et de celle de Crète. La seconde partie du dernier volume de Pococke, est partagée en six livres, qui présentent le récit des courses de ce voyageur dans les îles de l'Archipel, dans l'Asie mineure, dont il visita toute la partie maritime depuis la Carie jusqu'à la Troade, dans la Thrace et à Constantinople." (Michaud, Biographie universelle, 1823).

L'abrégé reproduit des extraits du voyage à Silivri et à Edirne (Andrinople) et, dans le chapitre sur la "Géographie générale de l'Asie Mineure", des considérations sur l'Anatolie.

Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708) est un célèbre botaniste. Il voyagea du 7 mars 1700 au 3 juin 1702 et visita les îles, Constantinople, Sinope, Trabzon, Erzurum, Tiflis, Erevan, Kars, Ankara, Bursa, Izmir...

Le texte de l'"Abrégé" a supprimé la forme de la lettre et omet les nombreuses descriptions des plantes et quelques détails du voyage.

"Ce fut à l'époque de cette importante publication, que, sur la proposition de l'académie des sciences, par l'organe de Pontchartrain Louis XIV chargea Tournefort de voyager dans le Levant. L'académie désigna pour l'accompagner Aubriet, peintre très-distingué, dont nous avons déjà parlé, et Gundelsheimer, médecin allemand fort instruit, et dont Tournefort lui-même vante les connaissances en botanique. Il fut décidé qu'à son retour, toutes ses dépenses lui seraient remboursées par le trésor; qu'il recevrait d'avance trois mille livres, que ses pensions seraient régulièrement payées pendant son absence ; enfin que son voyage lui donnerait d'autant plus de droit à une augmentation de traitement et à des gratifications. Tournefort partit de Paris, le 5 mars 1700, pour aller s'embarquer à Marseille. Le premier fruit de ce voyage fut l'envoi à Paris des descriptions et dessins de quelques plantes et poissons de Provence, peu connus. Notre voyageur visita l'île de Candie [Crète], l'Archipel, Constantinople, les côtes méridionales de la mer Noire, l'Arménie turque et persane, la Géorgie,le mont Ararat et revint par l'Asie-Mineure qu'il traversa en visitant Tocat [Tokat], Angora [Ankara], Pruse [Bursa], Smyrne [Izmir] et Éphèse. De tous les lieux où il fit quelque séjour, il envoya en France des descriptions et dessins de plantes, d'objets des autres règnes et d'antiquités. Ils étaient soumis au roi, qui paraissait prendre plaisir à les examiner. Tournefort devait également visiter la Syrie et l'Égypte ; mais la peste, qui ravageait ces deux pays, l'en empêcha. Le 13 avril 1702, il s'embarqua à Smyrne et rentra, le 3 juin, dans le port de Marseille. Sa relation, sous le titre de Voyage du Levant, fut imprimée au Louvre, en deux volumes in-4°. ; le second ne parut qu'après sa mort, en 1717. La même année, une seconde édition, en 3 vol. in-8°., fut imprimée à Lyon, et une troisième parut en 1718, à Amsterdam, en 2 vol. in-4°. Ce Voyage qu'on lit avec intérêt, même après les relations de Spon, Wheler, Tavernier, etc., contient, entre autres, beaucoup de détails sur l'île de Candie [Crète], sur Constantinople et l'Arménie, et sur l'archéologie, qui leur avaient échappé." (Michaud, Biographie universelle, 1826).

Les extraits repris concernent la description du Bosphore, le voyage sur les côtes de la Mer noire et à l'intérieur de l'Anatolie.

Jean-Baptiste Isoard de Lisle, dit Jean-Baptiste-Claude Delisle de Sales (1741-1816) est un polygraphe compilateur. L'"Abrégé" reprend une petite partie de son texte dans les pages 493-498

Sommaire de l'Abrégé

LIVRE TROISIÈME.

CHAPITRE PREMIER. Précis du Voyage de Tournefort & de Pockocke à Constantinople & dans la Thrace ou Rumélie. — Détroit des Dardanelles, Page 1

CHAP. II. Arrivée à Constantinople; description ancienne & moderne de cette ville, 14 

CHAP. III. Continuation de la description de Constantinople. — Temple de Ste. Sophie. — Château des Sept Tours. — Place de l'Atmeydan. — Couronnement des empereurs turcs. — Janissaires, 38

CHAP. IV. Faubourgs de Constantinople. Galata. — Péra. — Canal de la mer Noire. — Palais des Sultanes. — Maisons des Grecs & des Arméniens. — Vieux châteaux sur les deux bords opposés du Bosphore. — Commerce de Constantinople, 82

CHAP. V. Mœurs. — Habitudes & caractère des Turcs. — De la nourriture en général — Des boissons, du vin, de l'opium, du café, du tabac, des parfums,  109 

CHAP. VI. Parure. — Couleur. — Effets. — Mobilier. — Equipages. — De la propreté. — De la peste, 133 

CHAP. VII. Qualités morales & vertus des Ottomans — De la probité, de la pudeur & l’honnêteté publiques. — Des devoirs de société. — Vie privée des femmes. — Mariages, 169 

CHAP. VIII. De l'interdiction des jeux. — De la musique. — De la danse. — Des images. — De l’attention des musulmans à ne jamais prendre le nom de dieu en vain. — De l'obligation en général de pratiquer la vertu & d'éviter le vice, 211

CHAP. IX. Métier des armes. — Commerce. — Navigation. — Agriculture. — Arts mécaniques — Architecture, — Jardinage. — Des maisons de campagne, 251

CHAP. X. De la législation mahométane. — Elle est partagée en cinq codes : religieux, civil, criminel, politique & militaire. — Le courann, base principale de tous ces codes, — Du mouphti & autres ministres de la religion. — Instituts & couverts de derwiches, 271 

CHAP. XI. De la Prière publique, celle des vendredis. — Des purifications, 302

CHAP. XII. Des Péchés des sept nuits saintes. — Circoncision. — De l’Astronomie judiciaire & des Divinations. — Vénération pour les saints du Mahométisme. — De la Doctrine du Fatalisme & de la Prédestination. — Des Temples & des Edifices qui entourent les Mosquées, 336

LIVRE QUATRIÈME.

CHAPITRE PREMIER. Abrégé du voyage de Tournefort sur les côtes méridionales de la mer Noire, depuis son embouchure jusqu'à Sinope, & son retour à Constantinople à travers l'Anatolie, 379

CHAP. II. Suite du voyage de Tournefort en Arménie & en Géorgie. — Observations préliminaires sur la formation des caravanes & la destination des caravansérais, 400

CHAP. III. Voyage de Tocat & d'Angora, 462

CHAP. IV. Géographie générale de l'Asie Mineure j nommée aujourd'hui l'Anatolie, 493 

CHAP. V. Voyage de Venise au cap Lecios, sur la côte d'Asie. — Description des ruines d'Alexandria-Troas. — Voyage dans la plaine. — Description de l'Hellespont, 515

CHAP. VI. La plaine de Troie dans son état actuel. — De la source du Simois & de son cours. — Du Scamandre. — Tombeaux de la plaine de Troie, 531

CHAP. VII. Voyage de Richard Pockoke à Selivrée & à Andrinople. — De la Thrace ou de la Rumélie. — Du gouvernement des Turcs en général, 559