L'antique Prusa, conquise en 1326 par le sultan Orhan Gazi, devint la première capitale des Ottomans dont l'empire était en pleine expansion ; elle fut embellie de nombreux monuments. 

Ce texte est extrait de H. Barth, Constantinople, 1913. 

Le voyageur qui veut voir des produits de l'art turc, pur, encore exempt de l'influence byzantine, et dérivant logiquement des civilisations perses et arabes, ce voyageur, disons-nous, doit se rendre à Brousse. 

Parmi les mosquées, se trouvent une douzaine de constructions monumentales ; en outre, des mausolées très intéressants. De la ville haute, située sur un rocher très escarpé, on aperçoit une prairie où coule une source entourée de platanes: les vieux murs d'enceinte byzantins, les tours, les portes envahies par les plantes grimpantes, les fossés remplis de buissons, offrent un admirable coup d'oeil.

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Vue de Bursa, carte postale des années 1950

Dans la ville haute, se trouve le mausolée d'Osman et celui de son fils Orkhan,  restaurés après un tremblement de terre et décorés de la manière la plus riche. Là aussi le cloître de David, vieille église byzantine. 

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Bursa, Hükümet Meydani, carte postal petit format envoyée en 1944 

Ulu camii

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Carte postale photographique montrant l'intérieur de l'Ulu Camii envoyée en 1928
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Intérieur d'une mosquée, carte postale envoyée en 1931 

Dans l'intérieur de la ville, à l'Oulou djami [Ulu camii], nous remarquons encore quelque chose de la structure primitive des mosquées ; le pur style ottoman s'y montre à nu. Un long vaisseau surmonté d'une multitude de coupoles, le tout du plus haut intérêt par la grandeur et la beauté. Ce grand rectangle allongé est divisé par des arcs en ogive reposant sur des piliers carrés en 20 compartiments surmontés chacun d'une coupole. En face du grand portail, dans le deuxième compartiment, couvert seulement par un treillis de fil de fer en forme de dôme, se trouve un jet d'eau entretenant toujours une fraîcheur agréable. La lumière affluant de tous côtés et pénétrant obliquement par la voûte produit un effet surprenant. Les riches ornements d'autrefois ont fait place à un badigeon, les parois et les piliers sont couverts de préceptes tirés du Coran. Devant les angles de la face principale, s'élèvent deux minarets d'aspect lourd ; le revêtement vert en faïence n'existe plus, de même que la fontaine de la galerie qu'une conduite reliait à une bouche d'eau sortant de l'Olympe. Trois sultans se sont intéressés à la construction du temple : Mourad [Murat], Bajazet[Beyazit] et Mahomet [Mehmet].

Yeşil camii

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Entrée de la Yeşil camii

 La Yéchil djami [Yeşil camii] bâtie par Mahomet Ier [Mehmet Ier] occupe une place d'honneur dans l'architecture ottomane pour ce qui concerne la matière première et le parti qui en a été tiré par le constructeur. Le marbre le plus précieux fut employé presque partout. De l'extérieur, la mosquée est peu importante. A l'origine, un portique de marbre s'ouvrait sur la grande terrasse plantée d'arbres ; aujourd'hui, le toit de bois répond très peu à la magnificence de jadis. Les minarets recouverts de faïence verte et qu'un tremblement de terre détruisit, ont été remplacés sur la face principale par des constructions plus modestes. Par contre, la porte située entre eux montre des ornements fantaisistes et des motifs de feuillage exécutés sur marbre de la manière la plus parfaite. On pénètre dans la mosquée par une sorte de niche richement ornée de carrelages de faïence, de chaque côté de laquelle se trouve un oratoire en forme de loggia. Au-dessus, trois loges élevées pour le Padischah et les femmes. Autour d'une salle centrale contenant une fontaine jaillissante et couronnée par une coupole surmontée elle-même d'un ornement, se groupent cinq chambres surélevées de quelques marches : l'une de ces chambres s'étendant en arrière, fermée également par une coupole, renferme les lieux consacrés au culte ; les deux petites pièces à droite et à gauche, surmontées de petites coupoles, sont disposées de telle façon dans la direction principale que la salle postérieure s'avance en partie hors du plan de projection de la masse totale des constructions. La lumière tombe dans les salles à travers des vitraux colorés et s'épand en une sorte de crépuscule. La décoration intérieure est ravissante. Toutes les parois sont revêtues de carreaux de faïence émaillée, de toutes couleurs et de tous styles, provenant de Nicée [Iznik], uniques au monde (les Génois y eurent à la fin du moyen-âge des ateliers où ils appliquaient les procédés des Perses). Le vert est la couleur dominante ; les ornements géométriques, mauresques, les inscriptions se succèdent les uns aux autres. En outre, la peinture des coupoles figure des plantes grimpantes en bleu, rouge et or. Au-dessus et au-dessous courent des motifs décoratifs peints et dorés. Le mausolée du fondateur situé en face, de forme octogonale et ressemblant à une tour de garde, montre la même disposition dans la substruction de la coupole. Les carreaux extérieurs de faïence verte sont modernes ; la même décoration ornait autrefois l'intérieur du bâtiment. Aux fenêtres, on voit des bandes d'émail représentant des motifs de floraison et des inscriptions. Malheureusement le beau portail a été fortement endommagé par le temps.

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Yeşil türbe, mausolée de Mehmet Ier se trouvant derrière le mihrab de la Yeşil camii et entrée et fenêtre de la Yeşil camii

Sur la colline, à l'ouest, se trouve une mosquée retirée, discrète, bâtie par Mourad II, en briques et en pierres de taille, flanquée d'une tour très élancée. Le porche est ici conservé ; des colonnes et des piliers soutiennent le bâtiment ; des carreaux de faïence imitant la mosaïque couvrent les murs et le plafond.

 

Yıldırım Beyazıt camii 

La mosquée d'Ylderim [Yıldırım Beyazıt camii] semble avoir fourni le modèle sur lequel furent construites ensuite les autres mosquées de Brousse. Elle s'élève, solitaire, sur une hauteur à l'est de la ville, au-delà du ruisseau descendant de l'Olympe. Au milieu de petites chapelles couronnées de coupoles, s'étend la nef principale avec ses deux dômes. On a enfin pris garde, il y a peu de temps, à l'état déplorable où se trouvait ce monument, et on a, entre autres réparations, recouvert le portique d'une voûte de bois.

Muradiye 

A la Mouradié [Muradiye], dans un jardin de roses entouré de murs, ombragé par de hauts platanes, se trouvent les onze dômes funéraires, aux formes diverses. Au bout de la ligne d'arbres qui traverse le jardin, se dresse le petit mausolée de Moussa [Musa], fils de Bajazet, que son frère Mahomet Ier étrangla ; Mourad Ier [Murat Ier] tombé à Kosovo, repose en face d'un bassin de marbre ; quatre piliers et quatre colonnes placées sur les piliers supportent la coupole: le tombeau rectangulaire est tout simple, en terre maintenue par des dalles de marbre placées en long. Le milieu de la coupole est ouvert de manière que la rosée du ciel puisse mouiller le tombeau, suivant le désir de Mourad ; la verdure y renaît, par conséquent, toujours de nouveau. Un toit de bois richement sculpté abrite la porte de la chapelle funéraire. On y conserve le turban ordinaire du souverain et celui des jours de fête ; dans un coffre, est renfermée la barbe du Prophète, la plus grande relique de l'Islam.

Si le mausolée de Mourad ne possède aucun ornement à l'intérieur, par contre, celui de Moussa [Musa] et celui du prince Moustafa [Mustafa], un peu en arrière du tombeau de Mourad et malheureusement délabré, sont richement décorés de plaques de faïence. La tombe de Djem [Cem], qui mourut à Naples d'un coup de rasoir empoisonné, au cours d'une aventure romanesque, est aussi recouverte de carreaux hexagonaux de faïence bleu vert. L'école du jardin des tombeaux, simple, mais produisant quand même une forte impression, trahit le style perse. Autour de la cour, derrière les coupoles, se trouvent les misérables cellules des Softas, à l'arrière-plan de la cour, un oratoire.

Dans le bain situé aux environs, Mourad Ier ordonna de construire la mosquée de Ghazi-hounkiar, ouvrage singulier où se fait incontestablement sentir l'influence byzantine. Les arcades à deux étages de la façade rappellent l'art gothique : colonnes et ogives, avec des colonnades supportant de même des ogives petites au deuxième étage. Le feuillage des chapiteaux, aux formes si multiples, ne peut avoir été conçu par un artiste turc. Les parois des murs et les arcs sont formés de couches de pierres de différentes couleurs. 

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