L'image du derviche, cet ascète musulman, fascine, en ce début du XXe siècle, l'Occident par son exotisme. Homme en marge de la société, vêtu de manière étrange et exhibant des ornements inattendus comme la hache, il symbolise un Orient très éloigné de la civilisation européenne.

Les derviches étaient des ascètes musulmans qui se retiraient de la société et parfois s'en remettaient à Dieu pour subsister grâce à la mendicité. "Dervis" signifie "pauvre" en Persan. Les plus connus sont les derviches tourneurs (mevlevis) qui pratiquent leurs cérémonies en groupe, mais il existait d'autres derviches.

Carte postale colorisée, début du XXe siècle

Le voyageur français Chardin les décrit ainsi : "Tous les derviches portent quelque chose à la main, tantôt un gros bâton, tantôt un sabre nu, tantôt une hache ; ils portent aussi la plupart une écuelle de bois à la ceinture."

La hache faisait partie de leur panoplie pour, dit-on se défendre des animaux, des bandits et couper le bois. Elle était l'arme d'Abu Muslim (mort en 755), le général qui renversa la dynastie omeyyade en 750, et était dotée de pouvoirs magiques, car forgée à partir de l'épée de l'imam Ali ou, selon un autre récit, d'une larme du prophète qui, depuis le Ciel, regardait Kerbala.

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"Les derviches (sur-tout les derviches bektachis) suivent l'armée en campagne, et aucun orta ou régiment de janissaires ne fait le moindre mouvement pour changer de garnison ou aller à la guerre, ou à quelque cérémonie, que quelques-uns de ces derviches n'ouvrent la marche. Ils ont ordinairement, dans de pareilles occasions, les pieds, les jambes, et une partie du buste nuds ; ils jettent en écharpe sur leurs épaules une peau de tigre, de lion, ou de quelqu'autre bête féroce : ils ont en main une hallebarde, une pique, ou une hache d'armes, et marchent en chantant des vers à la louange de l'orta, et des prières pour la gloire de la religion." (Charles Marie D'Irumberry de Salaberry, Histoire de l'empire Ottoman : depuis sa fondation jusqu'à la paix ..., 1813)

Derviches. — A cette sorte de clergé régulier se joignent les diverses espèces de derviches, qui sont à la religion musulmane ce que les ordres monastiques sont au catholicisme. On en distingue plusieurs variétés, désignées soit par le nom de leur fondateur, soit par l'exercice de dévotion auquel ils sont plus particulièrement adonnés. Les plus connus, depuis la disparition des bektachis, détruits en 1826 avec les janissaires, sont les derviches mevlévis, plus connus sous les noms de derviches hurleurs et de derviches tourneurs, par suite des bizarres pratiques auxquelles ils se livrent dans leurs tekkés (couvents). Ces derviches se reconnaissent aisément à leur étrange coiffure : un bonnet de feutre conique, épais d'un pouce, de couleur roussâtre ou brune et que l'on ne saurait mieux comparer qu'à un pot à fleurs renversé. Nous reviendrons plus loin sur les exercices de ces derviches. Cette sorte de confrérie possède des tekkés dans un grand nombre de villes de l'empire ottoman. (extrait du guide Joanne "De Paris à Constantinople", 1896)