Avec cette statue, éclatante sous la lumière jaune des projecteurs, nous sommes loin des premières représentations sévères d'un dieu barbu, adulte et portant sur son épaule la dépouille d'une panthère. Images dépassées, qui nous ont été transmises dans les décors noirs et rouges des amphores grecques datant du cinquième siècle av. J. -C.

 

Statue de Dionysos. En marbre. Datée de 150-200 ap. J. -C. Musée de Selçuk [Musée archéologique d'Éphèse].

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Ce qu'il est convenu d'appeler le second classicisme grec – du IV ème siècle av. J. -C. - représenté, entre autres, par Scopas de Paros [420-330], qui décora l'Artémision d'Éphèse, et par Praxitèle [400-326] est passé par là.

La sévérité du premier classicisme du V ème siècle avant J. -C. est abandonné. Les copies romaines plus ou moins tardives, que l'on voit au Musée de Selçuk, reprennent les canons de ce second classicisme.

D'emblée ce qui frappe c'est la longue chevelure dénouée se répandant sur les épaules, comme une marque ambigüe de féminité.

Du visage, mélancoliquement incliné, on voit les lèvres ourlées esquissant, non pas un sourire, mais une moue d'indifférence désabusée. Au creux de la face les yeux, aux pupilles bien gravées, semblent perdus dans la rêverie un peu vague d'une semi-ivresse.

Quant aux traits du visage, pour suggérer sa mollesse, les historiens de l'art, reprenant le langage des peintres italiens, vont même jusqu'à employer le terme de "sfumato".

Le sommet de la tête du dieu a disparu. Seuls subsistent des fragments d'une grappe de raisins dissimulée sous quelques feuilles.

Comme si la légende primitive s'était jouée une seconde fois, le corps, retrouvé éclaté en plusieurs morceaux, a été reconstitué. Le déhanchement du corps est sensible, marqué par l'inclinaison des épaules, une légère rotation du torse, un appui inégal des jambes, où le pied gauche en arrière suggère clairement le mouvement.

La jambe gauche de Dionysos est solidaire d'un puissant tronc de vigne, aux détails effacés.

Le Musée de Selçuk expose aussi d'autres troncs de vigne, appelés aussi colonnes de Dionysos, sculptés à une date indéterminée de l'époque romaine impériale, aux premiers siècles après J. -C.

Sous un foisonnement de feuilles d'acanthe on devine des silhouettes de personnages aux visages malheureusement martelés. La grâce de ces sculptures marque le raffinement d'une époque qui ne se contente plus d'un simple pieu fiché en terre ou d'un arbre sacré, pour célébrer le dieu du vin, de l'ivresse et de la fureur.