Ceux que l’on désigne par le nom de karamanlis étaient des turcs orthodoxes, qui vivaient surtout en Cappadoce, qui parlaient le turc, mais l’écrivaient avec des caractères grecs au lieu des caractères arabes à l’époque ottomane, comme dans le document que nous présentons.
L’origine de cette population estimée entre 50000 et 300 000 personnes, selon les sources, en Anatolie, avant 1923 est incertaine : s’agit-il de Grecs orthodoxes qui ont adopté le Turc ou de Turcs ayant rejoint les armées byzantines et adopté la religion orthodoxe avant la conquête turque ? Cette question est difficile, voire impossible, à trancher (voir l’article de Michel Bruneau).
Une des premières mentions des karamanlis date du XVIe siècle : c’est le voyageur allemand Hans Dernschwam qui donna ce nom aux orthodoxes de langue turque qu’il avait rencontrés à Istanbul. Evangelina Balta cite un des premiers articles sur ce sujet, écrit par H. de Ziegler et paru dans "Le Mercure de France" du 1er novembre 1911. C’est surtout en 1923 qu’ils furent mis en lumière quand eurent lieu les échanges de population.
Le contexte du document : les échanges de population entre la Grèce et la Turquie
En 1923, pour éviter de nouveaux conflits entre la Grèce et la Turquie, la convention de Lausanne du 30 janvier 1923 prévoit un échange de population organisé, et non chaotique comme ce fut le cas depuis le début des guerres balkaniques jusqu’aux débuts de la Premère guerre mondiale.
C’est la religion qui servit de critère : les musulmans habitant en Grèce “remplaçaient” en Turquie les orthodoxes qui étaient eux envoyés en Grèce. Il y eut des exceptions : n’étaient pas concernés les Grecs d’Istanbul (établis avant 1918) et les musulmans de la Thrace grecque.
Une commission mixte est mise en place. Les articles 11 et 12 du traité précisent que celle-ci sera composée "[...] de quatre membres pour chacune des Hautes Parties contractantes et de trois membres choisis par le Conseil de la Société des Nations, parmi les ressortissants des puissances n'ayant pas participé à la guerre de 1914-18. La présidence de la Commission sera assumée, à tour de rôle, par chacun des trois membres neutres [... ] La Commission mixte aura le droit de constituer, dans les localités où il lui paraîtra nécessaire, des sous-commissions travaillant sous ses ordres, et composées chacune d'un membre turc, d'un membre grec, et d'un président neutre qui sera désigné par la Commission mixte. La Commission mixte déterminera les pouvoirs à déléguer aux sous-commissions. " (cité par Meropi Anastassiadou, L’échange...).
Dans les région concernées, des sous-commissions sont donc constituées. Les biens des échangés doivent être liquidés, cette liquidation est évaluée par la commission.
Dans l’article 13, il est indiqué : “La Commission mixte aura tout pouvoir pour faire procéder à l'estimation des biens mobiliers et immobiliers qui doivent être liquidés en vertu de la présente Convention, les intéressés étant entendus ou ayant été dûment convoqués pour être entendus. “
Dans l'article 14, on lit : "[... ] Les montants dus sur la base de ces déclarations constitueront une dette du Gouvernement du pays où la liquidation aura eu lieu envers le Gouvernement dont relève l'émigrant [...]". C’est donc le gouvernement du pays d’accueil de l’échangé qui doit lui verser le montant de l’indemnisation.
Ainsi il n’y a plus de rapport entre l’échangé et son pays d’origine.
Langue et écriture
Ce document est écrit en Turc dit karamanli ou karamanlidika (Καραμανλίδικα), l’écriture des communautés orthodoxes turcophones d’Anatolie.
Evangelia Balta définit les publications karamanli comme des textes de langue turque imprimés en caractères grecs. Il ne s’agit pas d’une langue, mais d’un système d’écriture divergent de l’écriture standard du Turc.
L’écriture grecque fut d’abord utilisée par cette communauté pour la diffusion de textes religieux, puis pour des ouvrages profanes et des journaux. Le premier ouvrage publié le fut en 1718. On compte environ 750 publications en karamanli jusqu’au début du XXe siècle.
Nous n’avons pas trouvé de statistiques sur des documents manuscrits tels que des lettres qui sont dans des collections publiques ou privées.
Notre document montre également à quel point l’usage du Turc était ancré dans ces populations envoyées en Grèce selon un critère religieux, mais qui ont continué à utiliser cette langue même après avoir quitté leur pays de naissance.
L’écriture cursive utilisée est l’écriture du Grec moderne avec quelques ajouts graphiques (que nous n’avons pas pu reproduire dans le texte grec affiché) :

Le mot ci-dessus se lit "ιστεν"
· un petit tiret sous le ι pour la séquence κι ou γι
· Deux points au-dessus du σ pour écrire le ş turc (comme ci-dessus)
· Un tréma au-dessus du ι pour transcrire le y

Le mot ci-dessus de lit "καρερκατουλαρ"
La lecture est compliquée par la différence assez importante entre le tracé des lettres manuscrites et celui des caractères d’imprimerie.
κ : la première lettre ci-dessus
λ : l'avant-dernière lettre ci-dessus
μ : la 8e lettre ci-dessous
π
τ : la 5e lettre ci-dessous
ζ : la 4e lettre ci-dessous

Le mot ci-dessus se lit "γιαζτηρήσ σηντα".
On trouve beaucoup d’articles sur la transcription dans les imprimés (voir la bibliographie ci-dessous), mais nous n’en avons trouvé aucun sur l’écriture cursive.
Le document présenté
Le document que nous présentons est écrit en Turc dit karamanli et non en Grec, c’est un petit cahier de 8 pages au format 20,2 x 15,2 cm : une page avec des annotations au crayon, suivie de 4 pages écrites à l’encre violette et 3 pages restées vierges. C’est peut-être une partie d’un cahier plus important.
Nous avons essayé de transcrire le texte en caractères grecs comme l’original, en caractères latins (avec la graphie du turc moderne) et de la traduire en français. Nous espérons que notre lecture ne comporte pas trop d’erreurs.
Sur ces pages, l’auteur, dont on ignore le nom et qui habite à Thessalonique a copié le texte de 3 courriers écrits en karamanli envoyés, depuis la ville de Salonique / Selanik / Thessalonique, à un certain Theodoros qui est membre de sa famille, le 9 novembre 1926, le 21 novembre 1926 et le 23 septembre 1927.
Comme l’on manque de contexte, l’interprétation du document est parfois difficile. Ces lettres concernent l’indemnisation de biens situés à Ankara et les démarches effectuées par l’auteur de ces lettres. Il s’est rendu à Ankara pour demander les documents nécessaires à l’indemnisation qu’il recevra dans son pays d’accueil, la Grèce. L’essentiel du texte concerne des démarches effectuées, probablement à Thessalonique.
Le montant de l’indemnisation était fixé après dialogue entre une commission et les propriétaires des biens. Dans notre cas, il y avait une maison et des champs ; il semble que la maison ait été détruite et que l’estimation ait été revue suite à l’intervention de l’auteur et d’un témoin.
Les démarches semblent compliquées et le récit en est un peu confus. Il apparaît que l’auteur des lettres n’est pas satisfait de l’indemnisation et envisage un recours à l’aide d’un avocat concernant l’évaluation de ses indemnités auprès des autorités d’Athènes.
Le document, copie de trois lettres de 1926-1927
Nous présentons le texte sur 3 colonnes : la première avec le texte en caractères grecs, la seconde donne la transcription en Turc moderne, la 3ème un essai de traduction en Français (certains passages sont un peu obscurs).


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Θεσσαλονίκη Τη 9 Νοεμβρίου 1926
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Thessaloniki, Ti 9 Novembriou 1926 emir olmadığı gibi bu tarlalarımız da kapalıydı satılmadı. Bus etmek = embrasser. Bus est un mot d’origine persane synonyme de “öpme”, baiser |
Thessalonique, le 9 novembre 1926 ces champs sont restés "fermés" et n'ont pas été vendus. |

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... εμιρ ολματηγι κιπη που ταρλαλαρημηζτα καπιλιγιου σατιλ τουρκιατά μπιρ αταμήν κερεκ εβί κερεκ τίουκια Θεσσαλονίκη Τη 21 Νοεμβρίου 1926 |
emir olmadığı gibi, bu tarlalarımız da kapılıyor, satılmalı. Senedi, evin senediyilen beraber sizde. Bu tarlaların kıymetine kaç yazdırdınız, bildir çünkü ben yazdırmadım. Sonra kız kardeşim ile görüşür de ayırt yaparız deyi. Turkia’da (Türkiye'de) bir adamın gerek evi, gerek dükkânı, gerek tarlası kütükte bir sıra üstünde sınırılır. Eğer yazdırmadığısanız bildirin de dikigoros tuttuğumla o kayıplarımızı da arayalım. Çünkü ölüm zulüm olacağı hatırımıza gelmeyerek "sonra olsun" deyi yazmadın. İmzam ile bilgi veriyorum: Theodora halamın evini 50 lira kıymetinden yazdırmış, helal olsun al. Biz mübadeleyi bekledik malımızın değerleri kayıp olmasın deyi. Madem aldattılar, elimizden kapıyorlar o fiyatlara, mal yok kalsın yerinde. Acele mektubumun cevabını gönder, ihmal etme. Thessaloniki, ti 21 Noemvriou 1926 |
Je sais bien que, tout comme il n'y a pas d'ordre de vendre le jardin sous prétexte que je suis un héritier résidant à l'extérieur, nos champs que voici sont saisis et doivent être vendus. L'acte de propriété se trouve chez vous, avec l'acte de la maison. Faites-moi savoir (déclare-moi) quel montant vous avez fait inscrire pour la valeur de ces champs ; car moi, je n'ai rien fait inscrire. Plus tard, je verrai avec ma sœur et nous ferons le partage. Thessalonique, le 21 novembre 1926. |

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κατηπηνήν γερινί ταρίφ γιαζή βε πού οχα Γιακωφοι σιβάλ σορτούμ πι-
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kâtibinin yerini tarif yaptı ve bu oha Yakof’a sival [sual] sordum: "Bizim mal için ne paha karar kattılar?" deyi. Açtı bir defter ve dedi: "70 sen, 70 Theodoros, nihayet 140 lira," dedi. Nihayet gittim kâtibin evine. Kâtip de açtı bir yalancı defteri, o da dedi: "180 lira." Nihayet kâğıtları karıştırdı, buldu ve imzaladı verdi. "İşte enkatastası [?] dedi, bunu götürür alırsın bankadan parayı, fakat evvelce hat [?] Yakof'a götür de o da imzalamasın," dedi. Defa bunu imzalamaya vardığımızda ha Yanof’a [Yakof], eline aldı kâğıdı ve okudu ve dedi bana: "Bak burada 195 yazmışlar, 97 1/2 Padmina’ya, 97 1/2 Theodoros’a," deyi. "Daha ne istersin bizden, bizim ile dövüşüyorsun." Ben de burada Selanik'te bulunan Ayasofya kilisesinin temsil getirdim. "Bu gibi büyüklükte olan bir yer neden araya gidiyor?" deyi. Ona cevap diyor: "Sen ev deyi yazdırmışsın da ev de yıkıldı deyi, onun bedelini sildirdim," diyor. Fakat bir adama tarif yaptı bana, dedi ki: "Git bu tarifime göre ve bu adamı da ha Yakof gönderdi, bir kâğıt yazacaksın da bu yanlışlık ile sildiğini düzeltece imiş," de ve ona yazdıktan sonra 25 drahmi ver dedi. Ben de gittiğimde bu adamı yerinde bulamadım ve "bu adam kimdir?" deyi anlamak istedim ise dediler: "Syllogos avukatı." Orada fikrime şüphe geldi ki bu adam kendi avukatına pena eziyet yatıracak deyi. Bir daha arayıp bulamadım ve şimdi de 10 gündür çok hastayım, şiddetli ateşinden bulandığımdan yattım. Fakat ağzıma bir şeyi almayarak daima buz yemeğiyle, biraz limonata içmeyle ateşimle bulandım da epey hafifleşti. Bakalım sağ olur kalkarsam ve alma sıramız geldiğinde daha ne οkuyacaklar bana? Sen de bu defa adresini tebdil yazmışsın, acaba münasiple ise bas. Lakin evvelki mektubunda "2 haftadır işten çıktım, boşum" deyi bildirmiştin. Düğünde 3 aydan olacak dediğin neye kaldı ? Sual eden dostlarımızın cümlesine selamlar, hatırlarını sual ederim. Baki başka yazacak olmayıp daima iyi sıhhatte olasın. |
Il a décrit l’emplacement du secrétaire, et j'ai posé la question suivante à ce Yakof : « Quel prix ont-ils fixé pour nos biens ? ». Il a ouvert un registre et a dit : « 70 pour toi, 70 pour Theodoros, soit un total de 140 lires ». Finalement, je suis allé chez le secrétaire. Le secrétaire, lui, a ouvert un registre mensonger et a dit : « 180 lires ». Finalement, il a remué les papiers, a trouvé [le document], l'a signé et me l'a donné. Il a dit : « Voici l'acte [?], avec cela tu iras prendre l'argent à la banque, mais avant, apporte la lettre à Yakof pour qu'il la signe aussi. » Une fois arrivés pour faire signer cela à Yakof, il a pris le papier en main, l'a lu et m'a dit : « Regarde, ici ils ont écrit 195 ; 97 pour Paulina, 97 et demi pour Theodoros ». Il a ajouté : « Que veux-tu de plus de notre part ? Tu te querelles avec nous. » Moi, j'ai apporté une représentation [un plan ou document] de l'église Sainte-Sophie située ici à Salonique. J'ai demandé : « Pourquoi un lieu de cette taille disparaît-il ainsi ? ». Il répond : « Tu l’avais fait enregistrer comme une maison, la maison s'est effondrée, j'ai donc fait annuler sa valeur. » Cependant, il a donné des instructions à un homme me concernant, il a dit : « Va selon mes instructions — et cet homme a été envoyé par Yakof — tu écriras un papier” et il a corrigé ce qu'il a effacé par erreur, et il m'a dit de lui donner 25 drachmes après avoir écrit. Mais quand j'y suis allé, je n'ai pas pu trouver cet homme sur place, et quand j'ai voulu comprendre, on m'a dit : « C'est l'avocat du Syllogos ». Là, un soupçon m'est venu à l'esprit : cet homme allait causer du tort à son propre avocat [trad. Incertaine]. Je ne l'ai plus retrouvé, et maintenant je suis très malade depuis 10 jours, je suis alité à cause d'une forte fièvre qui me donne des vertiges. Mais ne pouvant rien avaler, je n'ai fait que manger de la glace et boire un peu de limonade ; ma fièvre a un peu baissé. Nous verrons, si je m'en sors et que je me relève, ce qu'ils vont encore me lire [m'annoncer à la lecture des documents] quand viendra notre tour de percevoir [l'argent]. Toi aussi, cette fois, tu as écrit une adresse différente, si cela a été fait à bon escient, fais-le savoir. Pourtant, dans ta lettre précédente, tu faisais savoir : « Je n'ai plus de travail depuis deux semaines, je suis libre ». Qu'en est-il de ce que tu disais à propos du mariage qui devait avoir lieu dans trois mois ? Salutations à tous nos amis qui demandent de mes nouvelles, je m'enquiers également des leurs. Il n'y a rien d'autre à écrire, puisses-tu être toujours en bonne santé. |

| Εκ Θεσσαλονίκη Τη 23 ουτουμβρίου 1927 Αρζουλού Θεόδωρος μάχσους σελάμε κιοζλεριγηζ πους έτεριμ Βηθλεεμ Ελισάβετ Γιάννη μάχσους άιρου άιρου σελάμλε χατηρηγή σοβάλ έδερλέρ. Έβελα σαγλήγηνή βε ραχατληγηνή άρζ έδεριζ σάκεν πιζι σιβαλ ιτερσεν ταριντέν 2 γκιούν εβέλι πεμτη κιουν σελαμέτ εντίμ μεκτουπουγου αλδήκ. Ευχαριστού τζόκ μεμνούν καλτηκ. σιμδι νέ γιαζηγορσουν kιoτιουρ- τουγουν ζατλάρ κολαϊληκλα ελτεν ζκιμαγιά σουριουμ βαρμη κεζέν χαφτά ακσάμ πού σαχάτλερτε γιολά γικ- μαν ιζουν παβουλονού χαζήρλαγιερτουκ πού χαφτά- τά μεκτουπουνά ζεβάπ γιαζηγιορούζ πάκη πασκά γιαζαζάν όλμαγηπ ταγημά έγι σαχαττέ ολάσην καλή νύχτα. |
Ek Thessaloniki Ti 23 outoumvriou 1927 Arzulu Theodoros, mahsus selam gözleriniz öperim. Bethlehem, Elisavet, Gianni mahsus ayrı ayrı selamlar hatırınız sual ederler. Evvela sağlığınızı ve rahatlığınızı arz ederiz. Sakın bizi sual edersen tarihten 2 gün evvel Perşembe günü selamet ettim mektubunu aldık. Efharisto (Teşekkürler), çok memnun kaldık. Şimdi ne yazıyorsun, götürdüğün zatlar kolaylıkla elden çıkmaya sürüm var mı? Geçen hafta akşam bu saatlerde yola çıkman için bavulunu hazırlıyorduk. Bu hafta da mektubuna cevap yazıyoruz. Baki başka yazacak olmayıp daima iyi saatte olasın. Kali nihta (İyi geceler). |
Thessalonique, le 23 octobre 1927 Cher Théodore, je t'envoie mes salutations particulières et j'embrasse tes yeux. Bethléem, Élisabeth et Gianni te saluent chacun tout particulièrement et demandent de tes nouvelles. Avant tout, nous formulons des vœux pour ta santé et ton confort. Si jamais tu nous demandes des nouvelles : il y a deux jours, jeudi, nous avons bien reçu ta lettre. Merci, nous en avons été très heureux. Qu'écris-tu maintenant ? Est-ce que les articles que tu as emportés se vendent facilement (ont-ils un débouché) ? La semaine dernière, le soir, à cette heure, nous préparions ta valise pour ton départ. Et cette semaine, nous écrivons la réponse à ta lettre. N'ayant rien d'autre à écrire, nous espérons que tu seras toujours en bonne santé. Bonne nuit. » |
Quelques témoignages sur le karamanli
Quelques textes anciens parlant du karamanli sans le nommer...
Niebuhr, Carsten (1733-1815), Voyage en Arabie et en d'autres pays circonvoisins. Tome 2. Traduit de l'allemand, Amsterdam, S. J. Baalde, Utrecht, B. Wilde, 1780. Dans une note, on lit :
Dans la suitte j’ai observé que les Grecs de Natolie, écrivent le Turc en Caractères grecs, et un marchand Grec, avec lequel je parlois Arabe nommoit cela aussi Karschuni. Si l’on a par hazard d’autres noms Turcs ou Grecs, pour exprimer cette mainiére d'écrire dans une langue, avec les Caractères de l’autre, c'est de quoi je ne me suis pas informé.
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M. De Marcellus, Épisodes littéraires en Orient, Tome 1, J. Lecoffre, 1851, Chapitre “L’arche de la langue grecque”, visite de l’imprimerie du Patriarcat.
Nous étions encore sous les voûtes obscures de l'imprimerie patriarcale, où le moine Hilarion achevait son récit, quand nous rencontrâmes Alexandre Argyramme, le directeur actuel. Celui-ci me fit voir, à son tour, quelques brochures pieuses publiées par l'ordre du Patriarche; entre autres certaines exhortations ou homélies, en langue turque, imprimées en caractères grecs pour l'édification des chrétiens de la Caramanie qui reconnaissent l'autorité du Synode, mais qui ne parlent que le turc, et ne savent de la langue grecque que l'alphabet. Lord Byron s'était étonné avant moi de cette singularité de la presse ecclésiastique.
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Vital Cuinet, La Turquie d'Asie, géographie administrative : statistique, descriptive et raisonnée de chaque province de l'Asie Mineure. T1 , Paris, E. Leroux, 1892, page 809.
Sur le Vilayet de Koniah
Chrétiens. Les chrétiens orthodoxes, en assez grand nombre sur le littoral méditerranéen, ne savent en général que le turc qu'ils écrivent en caractères grecs. Leur physionomie se rapproche du type israélite, et leurs mœurs et usages sont à peu près les mêmes que ceux des musulmans. Comme chez ces derniers, les hommes et les femmes ne mangent pas en commun, et sortent séparément tant à l'église qu'à la promenade.
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Annuaire oriental (ancien Indicateur oriental) du commerce, de l'industrie, de l'administration et de la magistrature... 10e année, 1891, rubrique Journaux grecs
ANATOLIE, fondé en 1830, paraîtra prochainement tous les jours en caractères grecs et langue turque.— Directeur et rédacteur en chef, Soullidis (N.), Bureaux : R. Zulfarissé, 27, G.
Abonnements : Constantinople, un an, 150 piastres. Provinces et étranger,unan, 190 piastres.
...
ANGELIAFOROS, journal religieux, scientifique et politique paraissant chaque samedi, en caractères grecs et langue turque. — Rédacteur, Barnum (Rev. H. S.).— Bureaux, American Han, R. Fildjiandjilar, 25, S.
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Stamboul, 3 mai 1890
[Le Stamboul est un journal)
Presse locale. — Nous apprenons que Nicolaki effendi Soulidi, un journaliste qui a déjà fait ses preuves dans la presse locale turque et grecque, vient de se charger de la direction du journal Anatolie qui avait suspendu sa publication à la suite de la mort de son directeur. Ce journal est rédigé en langue turque avec des caractères grecs.
Sources
Sur les orthodoxes turcophones
Tapia, Aude Aylin De. « D’un ethnonyme à l’autre. Les chrétiens orthodoxes turcophones de Cappadoce à la fin de l’Empire ottoman ». In Minorités en Méditerranée au xixe siècle, édité par Valérie Assan, Bernard Heyberger, et Jakob Vogel. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2019. doi:10.4000/14bpb.
https://books.openedition.org/pur/289107
Echanges de population
Convention concernant l'échange des populations grecques et turques.
(Lausanne, 30 janvier 1923) : https://mjp.univ-perp.fr/traites/1923lausanne4.htm
Meropi Anastassiadou, L’échange des populations entre la Grèce et la Turquie, in Confluences Méditerranée, Islam-Occident : la confrontation ? N° 16 Hiver 1995-1996, pp. 159-168, https://iremmo.org/publications/confluences-mediterranee/islam-occident-confrontation/
Michel Bruneau, Turcs hellénophones et Grecs turcophones : défi à l’homogénéisation ethnique de l’État-nation ou héritage ottoman menacé de disparition ? Anatoli, 1, 2010, p. 215-233, https://doi.org/10.4000/anatoli.393
Clogg, Richard. "A Millet Within A Millet: The Karamanlides". I Kath'inas Anatoli: Studies in Ottoman Greek History, Piscataway, NJ, USA: Gorgias Press, 2010, pp. 387-410. https://doi.org/10.31826/9781463225872-016
The Centre for Asia Minor Studies :
https://www.kms.org.gr/en/archives/manuscript-collection/
Revue Deltio : https://www.kms.org.gr/en/publications/bulletin-of-the-centre-for-asia-minor-studies/
Η εγκατάσταση των προσφύγων της Καππαδοκίας στον Ελληνικό χώρο L’installation des réfugiés de la Cappadoce en Grèce)
https://ejournals.epublishing.ekt.gr/index.php/deltiokms/article/view/2438
Langue
Publications karamanli
Evangelia Balta est la grande spécialiste du karamanlidika : https://evangeliabalta.com/
Evangelia Balta, “Périodisation et typologie de la production des livres karamanli”, Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée [Online], 87-88 | 1999, en ligne depuis le 12 mai 2009, connection le 29 janvier 2026. URL: http://journals.openedition.org/remmm/306; DOI: https://doi.org/10.4000/remmm.306
Salaville, Severien, Eugene Dalleggio, Evangelia Balta, Karamanlidika : Bibliographie analytique d'ouvrages en langue Turque imprimés en caractères Grecs, publié avec le concours du CNRS : I 1584-1850, II 1851.1865, III 1866-1900. Evangelia Balta: 1584-1900 addition, Athènes, 1958-1987
Ayça Baydar, The Turcophone Orthodox Christians from Coexistence to Ethno-religious Homogenisation: A study of the 'Karamanlidhika' Press during the Greek-Turkish War and the Population Exchange, Thèse, Department of the Languages and Cultures of the Near and Middle East, SOAS, University of London 2016. Introduction ici : https://www.academia.edu/43265726/The_Turcophone_Orthodox_Christians_from_Coexistence_to_Ethno_religious_Homogenisation_A_study_of_the_Karamanlidhika_Press_during_the_Greek_Turkish_War_and_the_Population_Exchange
Irakleous, S. (2020, February 6). Atalialu Serapheim and the Turkophone Orthodox Christians of Anatolia: A study of eighteenth-century Turkish texts in the Greek alphabet (Karamanlidika). Retrieved from https://hdl.handle.net/1887/84694
Phonétique
https://cmes.arizona.edu/sites/cmes.arizona.edu/files/Karamanl%C4%B1ca%20Alphabet.pdf : avec tableau
Stelios Irakleous (Leiden University), On the Development of Karamanlidika Writing Systems Based on Sources of the Period 1764–1895, Mediterranean Language Review (20) 2013, pp. 55-93, https://www.researchgate.net/publication/339676413_On_the_development_of_Karamanlidika_Writing_Systems_Based_on_Sources_of_the_Period_1764-1895_Mediterranean_Language_Review_20_2013
Hazar, Dr & Oğuz, Özdem. (2008), For Turkish Text Written In Greek Alphabet Belonging To Karamanian From Cappadocia / Grek Asilli Karamanli Türkçesi Alfabesinin Kullanimi Üzerine, Journal of Turkish Studies, International Periodical For the Languages, Literature and History of Turkish or Turkic, Volume 3/6 Fall 2008, https://turkishstudies.net/DergiTamDetay.aspx?ID=467
Exemple de texte écrit en karamanli
Imitiation de Jésus-Christ en karamanli
https://incipit.icp.fr/notices-oai-pmh/item/9562-imitation-de-jesus-christ-en-karamanli
Syntaxe
Arslan-Kechriotis, Z. Ceyda 2009. Some syntactic issues in Karamanlidika texts. Turkic Languages 13, 172-187., https://www.researchgate.net/publication/347353918_Some_syntactic_issues_in_Karamanlidika_texts
Dictionnaire
Χλωρός, Ι., Λεξικόν τουρκο-ελληνικόν /υπό Ι. Χλωρού, T.1 et T.2, Εν Κωνσταντινουπόλει : Εκ του Πατριαρχικού Τυπογραφείου,1899 (lien : https://anemi.lib.uoc.gr/php/pdf_pager.php?rec=/metadata/3/7/3/metadata-01-0000111.tkl&do=60466_01_w.pdf&lang=en&pageno=1&pagestart=1&width=1190&height=841&maxpage=529) : dictionnaire turc ottoman – grec avec transcription selon l’écriture grecque