Eustace Clare Grenville-Murray (1823-1881), diplomate, journaliste et publiciste, est un personnage singulier, haut en couleurs qui fut quelque temps diplomate à Istanbul. Il écrivit, entre autres, des articles sur la Turquie, publiés dans un recueil, puis traduits en Français sous un titre original : Les Turcs en Turquie.

Turbulent diplomate, il se querella avec de nombreuses personnalités au Royaume-Uni. 

En 1851, il est attaché d'ambassade à Vienne, mais son activité de journaliste déplaît au Foreign Office qui l'envoie à Hanovre, puis, en 1852, à Istanbul. 

Sa mésentente avec l'ambassadeur anglais Sir Stratford Canning (1786-1880) entraîne sa nomination comme consul à Mytilène ; puis, en 1854, après la publication d'une satire (Turkey, being Sketches from Life, sous le pseudonyme The Roving Englishman) dont un des personnages était l'ambassadeur lui-même, il est nommé à Odessa, pendant treize ans.

Les Turcs chez les Turcs, 1888

Poursuivi pour parjure, il s'installe en France à partir de 1869 tout en poursuivant son activité d'écrivain, de journaliste et d'essayiste et meurt à Passy en 1881.

Nombre de ses oeuvres furent traduites en Français dont une partie de "Turkey, being Sketches from Life" sous le titre "Les Turcs chez les Turcs" paru en 1878.
Les articles, dont plusieurs consacrés à la Turquie, signés "The Roving Englishman" furent publiés, en 1854-55, dans le Household Words, magazine édité par Charles Dickens, http://www.djo.org.uk/household-words.html. Par exemple : 
"The Roving Englishman : Education in Turkey [xxvii]" by Eustace Clare Grenville Murray Household Words, Volume IX,Magazine No.207, 11 March 1854, page 79

Ils furent ensuite réunis en un recueil publié sous un pseudonyme :

Turkey: being sketches from life, by the roving Englishman. Reprinted in part from "Household words."  The eighth thousand with a portrait of the sultan, Londres, Routledge and Co, 1855, VIII-363 pages (disponible sur Hathi Trust : https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=uc1.l0072304033;view=1up;seq=9)

réédité :

Turkey, being Sketches from Life, by the Roving Englisman. Londres, George Routledge and sons, 1857, VIII-363 pages 

Turkey, being Sketches from Life, by the Roving Englisman, reprinted in part from "Household words" with numerous additions. A new edition. Londres, George Routledge and sons, 1877, XVI-375 pages (https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=uc2.ark:/13960/t0js9r55v;view=1up;seq=9)

Traduit en Italien :

Bozzetti Turchi, Perussia e Quadrio, Milano, 1879. 232, [8] pages, 19 x 12.5 cm

Traduit en Français :

Les Turcs chez les Turcs, par E.C.Grenville Murray, ancien attaché d'ambassade en Orient, en Allemagne, etc., et ancien consul général d'Angleterre en Russie. Traduit de l'Anglais par J. Butler.
Paris, Maurice Dreyfous, éditeur, 13, rue du Faubourg-Montmartre, 1878. Tous droits réservés.
In-8, XII, 314 pages

Notice parue dans "La grande encyclopédie : inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts. Tome 24", 1885-1902

MURRAY (Eustace-Clare GRENVILLE), diplomate et littérateur anglais, né en 1824, mort à Passy le 20 déc. 1881. Fils naturel de Richard Grenville, duc de Buckingham, il débuta en 1851 dans la diplomatie comme attaché à l'ambassade de Vienne. Il excita bientôt la défiance et le blâme du Foreign Office, en donnant des correspondances au Morning Post et en écrivant un roman où l'ambassadeur de Turquie était fort maltraité. Sans la protection de Palmerston, il eût été révoqué. Il n'avança guère par contre ; en 1855, il était consul général à Odessa où il resta treize ans. Il quitta alors le service, collabora au Vanity Fair, fonda une feuille satirique The Queen's Messenger. Il s'établit à Paris à la suite d'une querelle des plus graves avec lord Carrington, querelle qui eut des conséquences judiciaires. Il fut bientôt très répandu dans la société parisienne où il était connu sous le nom de comte de Rethel d'Aragon, nom de sa femme. Il collabora à de nombreux journaux anglais et américains, fut correspondant du Daily News, de la Pall Mall Gazette. 

Citons parmi ses écrits Droits et devoirs des envoyés diplomatiques (Londres, 1853, in-12); The Roving Englishman (1854, in-8), très amusant roman; Pictures from the Battlefields (1856, in-8) ; The Member for Paris (1871, in-8), roman de moeurs du second Empire, traduit en français en 1876, Men of the Second Empire (1872, in-8), Men of the third Republic (1873, in-8), traduit en français ; Young Brown (1874, in-8), roman traduit en français en 1875 ; The Russians of to-day (1878, in-8), traduit en français en 1878; Round about France (1878, in-8); Side lights on English Society (1881, 2 vol. in-8), piquante satire du monde politique anglais High Life in France under The Republic (1884, in-8), etc. Sa veuve publia Memoirs of Grenville (1887, 2 vol.).

Biographie de Eustace Clare Grenville-Murray 

https://grberridge.diplomacy.edu/wp-content/uploads/2013/12/G-M.pdf

Les Turcs chez les Turcs

L'auteur s'intéresse plus aux hommes qu'aux monuments. Il n'est pas exempt de préjugés, mais fait montre d'une forte empathie avec les Turcs. Ses textes sont aussi pleins d'humour.

Il fait un portrait au vitriol de l'ambassadeur du Royaume-Uni et donne une amusante description des moeurs diplomatiques, ce qui lui vaut beaucoup d'ennuis et un quasi-exil comme consul sur une île grecque.

D'autres portraits suivent : le sultan, des pachas, le cadi, un aubergiste, les grecs etc Certains sont parfois assez violents : il qualifie les soldats de "bêtes".

Il aborde aussi différents thèmes : la maison, le mariage, les bains, la justice… qu'il a pu étudier pendant son séjour.

Parfois, il semble que l'on soit dans la fiction plus que dans le récit. Dans "Un vieux Turc", on a quelque difficultés à imaginer le dialogue entre le diplomate qui ne parle pas Turc et qui ne passe que quelques mois à Istanbul, et le Turc qui ne parle pas l'Anglais. Serait-ce donc une rencontre imaginaire, ou une mise en scène destinée à animer la description ?

Il montre sa sympathie pour le peuple turc qu'il juge "propre, sobre, charitable",  (chapitre XIII, I, Les gouvernants), mais juge sévèrement les gouvernants et pointe les interventions des puissances comme la Russie. Il est très sévère avec les grecs et les religieux grecs qu'il accuse de profiter de leur autonomie au sein du système ottoman des "millet" et écrit cette réflexion prémonitoire : ""Les hommes d'église figurent au premier rang dans le tableau politique et encore inachevé de la lutte des Grecs pour leur indépendance."

Murray cherche à combattre les préjugés : dans sa description de la condition féminine, il critique, par exemple, l'idée fausse que l'on se fait de la polygamie en Occident. 

Il n'oublie ni le sens de l'hospitalité turque, ni le raki, un alcool encore fort populaire en Turquie, ni les bains qu'il ne semble pas très apprécier.

Il y a quelques curieuses erreurs, comme celle où le texte parle de cinq jeûnes par an ou d'un pèlerinage annuel à La Mecque ou à Médine.  Page 118, il écrit : "Les Turcs ont quatre jeûnes par an, et ils les observent scrupuleusement. Ils prient cinq fois par jour, et commencent à l'aurore. Ils se lavent à tout instant, persuadés que ces ablutions purifient l'âme. Ils sont tenus de faire, au moins, un pèlerinage par an, à la Mecque ou à Médine."
Le "par an" est un ajout du traducteur, car il ne figure pas dans le texte anglais qui dit : "They are bound in conscience to make at least one pilgrimage to Mecca and Medina."

Table des matières de "les Turcs chez les Turcs"

Avant-propos des éditeurs Anglais vii

Préface ix

CHAPITRE PREMIER
LES AUTRES CHEZ LES TURCS.

I. Mon cavass et moi 1
II. Une ambassade 8

CHAPITRE DEUXIÈME
TÊTES DE TURCS.

I. Le sultan 19
II. Le pacha gouverneur 40
III. Le pacha inspecteur 50

CHAPITRE TROISIÈME
Personnages Officiels.

I. Le cadi  61
II. Le bin-bashee 68
III. L'officier de marine 75
IV. Le prélat grec 80

CHAPITRE QUATRIÈME
JEUNES TURCS.

I. Une maison turque 88
II. Mariages turcs 94
III. La femme turque 103
IV. La politesse turque 110

CHAPITRE CINQUIÈME
VIEUX TURCS.

I. Mœurs générales 118
II. Une visite 128
III. Un « vieux Turc » 137
IV. Un « vieux Grec » 146
V. Une femme grecque 154

CHAPITRE SIXIÈME
LA VIE INTIME

I. Les puces 162
II. Le bain 168

CHAPITRE SEPTIÈME
SUPERSTITIONS.

I. Un saint turc 177
II. Un saint grec 184
III. Un enterrement 188

CHAPITRE HUITIÈME
LA SCIENCE.

I. Le médecin 193
II. Le village des lépreux 199

CHAPITRE NEUVIÈME
JUSTICE.

I. Justice administrative 205
II. Justice commerciale 211
III. Justice criminelle 218

CHAPITRE DIXIÈME
ESCLAVAGE ET LIBERTÉ.

I. Les esclaves 227
II. Les couvents 233

CHAPITRE ONZIÈME
L'ARMEE.

I. Le soldat 239
II. Le bashi-bouzouk 243

CHAPITRE DOUZIÈME
SUR LA GRANDE ROUTE.

I. Turcs de grands chemins 248
II. L'auberge 256
III. L'aubergiste de Chypre 261

CHAPITRE TREIZIEME
LES TURCS CHEZ LES AUTRES.

I. Les gouvernants 268
II. Les gouvernés 275
III. Gouvernants et gouvernés 283

CHAPITRE QUATORZIÈME
CONCLUSION.

I. Moi, sans mon cavass 295
II. Conseils d'ami 302

 

 

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