CHAPITRE XI
D'Andrinople à Constantinople. - Les roueries d’un baron. - Au pas ! - Soldats en guenilles. - Les juifs de Tchardjoirí. - Village en marche. - J'y suis ! – Les Hammals. - Enthousiasme et déception. - Mon entrée dans la capitale de l’Orient.- Pas de lumière. – Les tentateurs. - Jeunes filles de bonne famille. - La rue de Péra. Une excursion au Vésuve - Rien à faire le soir. - La Concordia. - Les trucs de la roulette. - Chiens et policiers. - Je préfère Batignolles.

Le trajet d’Andrinople à Constantinople est mortellement long, monotone et ennuyeux. Le chemin de fer décrit des courbes continuelles, énormes, sans autre but que d’augmenter la distance. Il y a bien 50 kilomètres de voie ferrée absolument inutile, car ces sinuosités répétées n’évitent ni un cours d’eau ni une montagne ; le pays est plat, sans rivière, sans un obstacle quelconque. Elles n’ont profité qu’au baron Hirsch, le constructeur de la [190] ligne. Le Gouvernement turc lui ayant accordé deux cent cinquante mille francs par kilomètre, il ne s’est occupé qu’à en augmenter le nombre. Grâce à quelques baschichs, libéralement donnés aux délégués chargés d’approuver le tracé de la voie, il a pu donner libre cours aux plus étonnantes fantaisies, et empocher des millions bien mal gagnés. Aujourd’hui, le pauvre voyageur en subit les conséquences. On marche avec une lenteur désespérante. Le train ne roule pas ; il chemins. Grâce aux courbes et au mauvais état de la voie, dont les traverses sont pourries au point de ressembler à de l’amadou, c'est à peine si l'on parcourt 20 kilomètres à l’heure. Aussi, tout se passe en famille. On part quand tout le monde est prêt. On arrive quand on peut. A Baba-Esqui, la quatrième station après Andrinople, nous étions déjà en marche, la locomotive avait sifflé et, par hasard, prenait une bonne allure, quand des cris se font entendre. Le train s’arrête, je mets la tête à la portière, croyant à un accident. C'était tout simplement l'employé de la gare. Il avait oublié de remettre une lettre au conducteur et, sans se presser, après avoir crié de l’attendre, il venait la lui apporter..... Il fit même un petit bout de causette. A toutes les stations, les soldats de service font peine à voir ; les pauvres diables arrondissent le dos et grelottent sous leur uniforme usé. Leur [191] capote grise, ornée de quelque reste de pattes jadis rouges, est trouée, déchirée, rapiécée partout. La culotte ou le pantalon, de nuance indéfinissable, a des solutions de continuité par où la chemise s'émancipe. Des guêtres terreuses recouvrent des chaussures de toutes les formes et de tous les âges. Seules, les armes sont en parfait état. Une immense cartouchière, contenant au moins trente à quarante cartouches, est placée en écharpe sur la poitrine, et donne un air menaçant à ces excellents soldats, dont l’aspect ne serait pas sans inspirer certaines appréhensions aux âmes timorées dans une rencontre, le soir, au coin d’un bois. A Kouleli-Bourgas, je ne puis vraiment m'empêcher de rire. Un colonel monte dans le train ; une garde, composée de huit hommes, lui a sans doute servi d'escorte pour venir jusqu’à la station. Elle reste là sur un rang, alignée pour lui faire honneur jusqu’à son départ. Pas un de ces soldats n’est habillé de même ; il y a des capotes, des tuniques et des vestes, des culottes et des pantalons, des bottes et des souliers, des savates et des sabots. Seul, le fez est inimitable. Quel tableau de genre un artiste aurait pu faire en crayonnant le pittoresque uniforme de ces braves gens ! Et toute la journée on marche, on marche sans avancer. Les rares villages aperçus le long de la route ont un misérable aspect. Les huttes, en terre [192] ou en branchages, sont recouvertes de fumier maintenu par de grosses pierres pour que cette toiture singulière puisse résister aux coups de vent. Les habitants qui sont de braves gens, ressemblent à des bandits. A Tchardjoui, il y a un peu moins de misère. Tout le monde a dû se donner rendez-vous pour voir passer le train. Ce sont des juifs espagnols : le menton est glabre, le nez crochu, les pommettes saillantes. 

Hommes et femmes sont vêtus de longues chemises en indienne à grands ramages et de cette affreuse houppelande, sans un bouton, sans poche, flottante de partout, descendant jusqu’à terre, le dessus en drap, le dessous garni d'un poil jaunâtre que l'on retrouve sur le dos de tous les juifs. A quelque distance de ce village, nous dépassons une caravane qui émigre. En tête, les hommes, montés sur des chevaux, maigres et si petits que les jambes des cavaliers touchent presque terre. Les femmes suivent å pied, pêle-mêle, tirant les mulets chargés des tentes et des vivres ou portant sur le dos les plus petits enfants ; d'autres sont à la queue de la colonne dans de mauvais chariots trainés par des buffles. Je les suis longtemps du regard å travers la plaine. Il y a un serrement de coeur à voir cette file de gens et de bêtes boueuses, étiques, misérables, s'en allant pour chercher ailleurs un coin [193] plus hospitalier où ils pourront seulement ne pas mourir de faim. Cette dernière pensée me poursuit d'autant plus que mon estomac se creuse. Croyant trouver quelque buffet dans une gare. Je n'ai pas pris de provisions au départ d’Andrinople. Depuis le matin, impossible de trouver même une croûte de pain à se mettre sous la dent. Il est bientôt 5 heures du soir et je suis à jeun. Heureusement, nous touchons au terme du voyage. Voici enfin les premières teintes bleues de la mer de Marmara, sur laquelle des nuées de macreuses voltigent et s'ébattent. Le chemin de fer s'approche et la côtoie. La nuit vient, des lumières apparaissent. Voici San-Stephano, d'où les Russes ont pu contempler Constantinople, et où ils ont marqué leur dernier point d'arrêt. Puis nous entrons dans les faubourgs éloignés. Le train passe au milieu des maisons qui bordent la voie sur un long parcours. Enfin, il s’arrête en gare. Cette fois j'y suis : c'est Constantinople. Je foule du pied le sol de cette capitale de l'Orient, où le rêve des Occidentaux mêle les plus éblouissantes visions de femmes aux merveilleuses couleurs de ces riches étoffes qui semblent garder en elles quelques-uns des rayons du soleil de ce beau pays ; ou l’imagination entrevoir des formes indécises, mais adorables, et croit aux mystérieuses sultanes drapées dans les soies légères, enveloppées de parfum, [194] gracieusement étendues sur de riches tapis et mollement bercées, dans leur demi-sommeil, par les harmonieux accents d'une musique céleste ; où l’on se figure le Bosphore comme un fleuve d’argent bordé de palais enchantés, dans lesquels se réalisent tous les contes des Mille et une nuits, aux heures voluptueuses où la clarté sereine d’une lune énorme rend ce ciel d'Asie toujours aussi transparent qu'il peut l'être quelquefois en nos froids pays durant les beaux jours d'été.
Je suis à Constantinople ! Mot magique pour le voyageur impatient de plonger son regard avide dans toute la féérie orientale des merveilles créées par un Dieu prodigue, sans doute plus puissant que le nôtre, puisque, si on en croit les récits enthousiastes, il n’a rien épargné pour donner à cette contrée privilégiée toute la magie des cieux, décrits par l'esprit des hommes.
Pendant que je mêle ainsi le rêve à la réalité que je vais saisir, une nuée de véritables brigands s'empare de mes valises, de ma couverture, de mon manteau ; je reste ébahi, ne pouvant me faire comprendre, n'ayant plus rien dans les mains, regardant tous mes bagages qui s’éparpillent, pendant [195] que ceux qui les ont crient comme des énergumènes. Ces hommes au visage et au costume de bandit, sont tout simplement des Hammals, les porteurs de fardeaux. Ils n'ont pas l’intention de me dépouiller ; ils veulent gagner quelques piastres. Mais, s'ils n'ont pas l'emploi de brigand, ils en ont bien le physique. Je parviens à réunir mes bagages entre les mains d'un seul. Le douanier me laisse passer sans arrêt, grâce à un serrement de main métallique, et je monte dans une voiture, pendant qu'un employé de la gare, parlant français, veut bien donner au cocher l'adresse du Grand-Hôtel du Luxembourg, le meilleur de Péra, m'a-t-on affirmé. Moi qui me plaignais de la route conduisant de la gare d'Andrinople à la ville! Que faut-il dire des rues de Constantinople ? Je suis dans une mauvaise guimbarde, assez semblable aux voitures de nos maraudeurs de nuit. Les rues où nous passons, pavées de cailloux pointus, sont tortueuses et sombres ; par instant, elles se changent en grimpettes. Tout me semble sale et noir ; c’est Stamboul. Au pont, il me faut payer un franc pour passer. La voiture roule avec un grand bruit sur ce pont, que deux ou trois lanternes fumeuses éclairent sur toute sa longueur. Par instant, un véritable fracas ; on sauts ; ce sont les roues qui passent par-dessus les plaques de fer recouvrant le tablier mobile. Puis on escalade de [196] nouveau d’autres rues noires et sales, pour parvenir enfin à le grande rue de Péra où se trouve l’hôtel du Luxembourg. Cette course m'a coûté sept francs, sans compter de nombreuses illusions déjà perdues. Je sais bien que l'on vante surtout l’incomparable panorama du Bosphore, dans les eaux duquel les rosiers, les myrtes et les glycines aux fleurs presque éternelles, rafraichissent leurs racines, où se mirent les cyprès séculaires et les villas en marbre peuplées de beautés troublantes, autour duquel le site enchanteur rappelle toutes ces légendes anciennes, ces héros grandioses, ces fictions attrayantes dont le souvenir, à la fois doux et terrible, nous cause de longues heures d’étude sur les bancs du collège. je sais bien qu’Edmond About écrit quelque part :
« Il faut venir à Constantinople en bateau. Admirer de loin et repartir sans descendre à terre. »
C'est égal, on ne se figure pas la ville sous un tel aspect, et l'on tombe de haut quand on entre aussi rudement dans la réalité.
Le soir, après dîner, j’arpente la grande rue de Péra, la seule qui soit à peu près éclairée. Il y a quelques magasins dont le luxe est suffisant pour une bonne ville de province, mais dont l'étalage rappelle bien plus les boutiques à treize que les objets exposés aux vitrines de nos boulevards. Sur une certaine partie, la rue est large, bordée de [197] trottoirs où d'habiles tentateurs ouvrent aux étrangers des horizons dangereux en leur offrant de les conduire vers ces boudoirs ou habitent les houris du prophète. Ils ont même des phrases de circonstance, bien faites pour calmer les consciences. Il s’agit toujours d'aller chez des personnes de bonne famille où la mère est la sévère gardienne des charmes de ses filles, où tout se passe pour la plus grande gloire d'Allah, un le mortel assez fortune pour y avoir été introduit, peut arrêter ses regards charmes sur des créatures divines, et calmer ses esprits, soit en rassurant de jeunes vierges timides et rougissantes, soit en essayant de comprendre avec une sœur plus instruire, la langue du pays. Le tout dépend du prix. On peut même, guidé par cet habile cicerone, visiter toutes les étoiles de ce firmament oriental, en réservant son choix ; alors, je l’affirme, on se contentera d’avoir vu, si l'on n'en est plus à sa première découverte en amour. Les jeunes filles de bonne famille ont jeté depuis longtemps leur bonnet par-dessus les moulins, et ce paradis de Mahomet n'est pas supérieur aux ermitages des petites villes de garnison. La mère est une simple maitresse de pension dont la vigilance ne va pas au-delà du change des monnaies, et les pauvres fillettes, qu’une société très tolérante laisse transformer trop tôt en dilettantes du plaisir, [198] ressemblent à ces fleurs délicates qui s'étiolent et meurent lentement parce qu'une main brutale a froissé leur tige.

L’autre partie de la rue de Péra est tellement étroite, qu'en certains endroits, deux voitures ne peuvent circuler de front. Si elles se rencontrent, l'une d’elles doit attendre en se garant dans une encoignure. Il y a de l’animation. Les femmes sont assez rares, mais les hommes circulent, nombreux et flâneurs. Si l’on veut prêter l'oreille, on entend une véritable cacophonie, composée de toutes les langues connues. Cependant, le français domine malgré le [199] nombre des Allemands qui augmente de jour en jour, tandis que celui des Français diminue.

Parfois un cavalier passe, marchant au pas sur un petit cheval, suivi par un individu en haillons. C’est ainsi que les élégants voyagent dans la ville pour ne pas se fatiguer, surtout pour ne pas se salir.
On loue ces petits chevaux au coin des rues où ils stationnent, et, que l'on marche lentement ou à une allure plus rapide, le propriétaire de l'animal suit derrière vous sans s’arrêter.
Cette habitude ne se trouva pas seulement en Turquie.

Il y a quelques années, j'étais à Naples et je fis l'excursion du Vésuve. De Naples à Pompéï, il y a environ quinze kilomètres. Je partis le matin, porté par un quadrupède efflanqué, branlant sur ses jambes, sur lequel je ne montais qu'avec une certaine inquiétude. J’avais tort. Il parcourut rapidement la distance, me partant sur son dos en traînant son maitre, qui se faisait tirer en tenant à pleine main la queue de son animal.

Et, chaque fois que l’homme, fatigué de courir, lâchait la queue de l'animal, mon coursier s'arrêtait. J’avais beau le frapper, il ne consentait à reprendre une allure vive, qu’au moment où, de nouveau, son maitre lui reprenait la queue.
Pressé de me plonger dans la grande vie orientale, avant de quitter mon hôtel, j’avais demandé [200] à M. Flament, un Français fort aimable, fort obligeant, le maitre de la maison, où je pourrais passer le reste de la soirée. Un sourire avait accueilli cette question, pourtant fort naturelle, on en conviendra, de la part d'un étranger, mais qui serait extrêmement bizarre, je dois le dire, si elle était faite par un voyageur ayant déjà séjourné à Constantinople.

A l’exception du théâtre français, ouvert pendant les mois d'hiver, et dont la faillite est presque toujours annoncée avant la fin de la saison, il n'y a qu’un théâtre grec, deux ou trois horribles beuglants qui s'intitulent pompeusement Concert lyrique, et une salle, appelée la Concordia, où se montrent des faiseurs de tours, de malheureux cabotins qui cherchent à ne pas mourir de faim, et des chanteuses sans voix, sans talent, rebut de toutes les nationalités, dont le sentiment artistique se borne à boire des consommations avec les amateurs. Pour entrer dans la salle, on passe par un étroit couloir, dont les murs sont ornés de couronnes de corbeilles garnies de mousse, attendant les fleurs pendant la belle saison. Cet étalage n'a rien de réjouissant ; on croirait entrer dans un magasin d’objets funéraires. La salle est fumeuse, mal éclairée, malpropre. Il est vrai que l'on ne peut se plaindre de n'en pas avoir pour son argent. On entre sans payer. [201]

Pour avoir l’explication de cette prodigalité envers le public, il faut monter dans les salles du haut ; il y a un café où l’on consomme, et les chanteuses viennent tenir compagnie aux clients.
- Cela suffit ?...
- Non. Cela ne suffit pas à combler le déficit de la caisse. Attendez et continuons notre exploration.
Prêtez l’oreille. Derrière une porte recouverte d'une glace, on entend un bruit métallique. Poussez la porte, vous le pouvez sans crainte. Entrez. C’est la salle où l'on joue. Voilà l’explication demandée. Le jeu est une des plaies de Constantinople. Dans tous les coins, à tous les étages, il y a des roulettes librement établies avec ou sans la permission du Gouvernement.
Autant de roulettes, autant de voleurs. A tout coup l’on perd. Il n'y a pas d'exemple qu'un joueur ait gagne autre chose que les cigarettes mises gracieusement à la disposition du public. Le tapis est en toile cirée et ne contient que vingt-quatre numéros avec deux zéros pour la banque, ce qui donnerait déjà un énorme bénéfice si le jeu se passait loyalement. Il n'en est pas ainsi, et les croupiers ont plus d'un tour dans leur sac. En voici un qui m'a été conté. Bien que le truc soit découvert, on ne l’emploie pas moins de temps à autre, toujours avec un égal succès. [202]

La roulette n’est pas au milieu de la table, ainsi que cela se pratique à Monaco et dans les établissements à peu près honnêtes. Elle est contenue dans une petite boîte placée sur une table fixée au mur ; les croupiers se tiennent de chaque côté, debout. - Faites vos jeux, messieurs! En même temps le croupier lance la bille puis referme aussitôt la boite qui contient la roulette. Quand les jeux sont faits, il frappe un, deux ou plusieurs coups, selon sa fantaisie, sur la table, en disant « Apro », ce qui signifie « j'ouvre. » Il soulève alors le couvercle de la boite et indique le numéro avec la couleur ou la bille est arrêtée. 

Or, un jour, dans ces derniers temps, les joueurs étaient nombreux ; le tapis, couvert de jetons et de pièces d'or ou d’argent, indiquait l’importance des mises. Les croupiers, impassibles, indifférents, ramassaient le gain ou payaient la perte sans cesser de fumer leur éternelle cigarette.

L'un d’eux, celui qui donnait le signal, venait de frapper sur la table et de prononcer le mot sacramentel : « j'ouvre ». Il ouvrit, en effet, mais il s’est trompé, sans doute, dans l'appréciation du temps ou dans le signal donné par ses coups sur la table, car les joueurs présents virent la roulette qui rentrait paisiblement dans sa boîte, revenant de faire une petite promenade de l'autre côté du mur, où l'un des associés corrigeait la chance en plaçant [203] la bille, soit au zéro, soit sur l'un des numéros les moins chargés par les joueurs.

Il y eut une bataille ; quelques couteaux sortirent des poches, mais, ainsi que les Turcs en ont l'excellente habitude quand ils se disputent entre eux, on se borne aux injures. Si, pour cette fois, la partie fut interrompue, elle n'en recommença pas moins brillamment le lendemain. Ces petites aventures sont trop fréquentes pour motiver de la rancune. Entre gens de bonne compagnie, il faut bien se passer ses petits défauts.

Il est onze heures environ quand je rentre à mon hôtel. La rue de Péra est presque déserte, quelques rares passants, niais il y a des troupeaux de chiens, cherchent leur vie sur les tas d’ordures. Ils se disputent parfois, ce qui produit un véritable vacarme, car les voisins leur répondent et des autres rues retentissent de nombreux aboiements, répétés de quartier en quartier, jusqu'à l’extrémité de la ville. Devant moi chemine lentement un pauvre diable à l’aspect mélancolique. Il est porteur d’un long bâton ferré, avec lequel il frappe, à chaque instant, les pavés de la rue. C’est un veilleur de nuit ou Bekchis, sotte de gardien qui circule dans les rues, depuis le coucher jusqu'au lever du soleil. Généralement, les agents Je police se dissimulent, marchent sans bruit et cherchent à surprendre les malfaiteurs. En Orient, on agit tout autrement. A Sophia, ils ont un sifflet. A Constantinople, les voici [204] avec un lourd bâton, non pour se défendre, mais pour faire du bruit. Ils indiquent les heures en frappant autant de coups sur les pavés. Les voleurs sont ainsi prévenus et peuvent se mettre sur leurs gardes ; impossible d'être plus aimable à leur égard. En me couchant, je me dis : - Voilà donc Constantinople, ce pays des rêves, des voluptés et des splendeurs ! Voilà le mirage de l'Orient ! Si les rayons du soleil ne lui rendent pas son apothéose, je préfère Batignolles.